THE NEW 52 (EPILOGUE)

Hiver 2011. Alors que les médias grand public font feu de tout côtés pour traiter de ce vieux sujet autrefois ringard qu’est l’édition de comic books, le marché de ce dernier bondit de 20%, sortant l’ensemble de la profession du marasme dans lequel le médium s’enfonçait depuis plus d’une décennie; ne s’étant jamais vraiment remis du boom spéculatif des années 90, ainsi que de l’arrivée plus tard de nouveaux moyens de divertissements, tels que les jeux vidéos, internet et les téléphones portables.

Hiver 2016. Alors que The New 52 est mort et enterré depuis six mois, que l’ambitieuse game DC You (on y reviendra) ne semble convaincre personne, que les critiques ne cessent de fuser face à une logique de communication de plus en plus hermétique, une nouvelle rumeur commence à circuler depuis quelques jours: DC serait sur le point de rebooter une nouvelle fois son catalogue pour l’été, capitalisant cette fois sur les personnages de ses séries télévisées et films à venir.

Le public comics et fictions live étant diamétralement opposé (il a été prouvé maintes fois que cela n’amenait pas vraiment plus de lecteurs et certainement pas de manière durable), il parait peu probable que DC Comics prenne le risque de s’aliéner ce qui lui reste de son fidèle lectorat pour rendre ses publications plus en phase avec ses succès d’audience, la synergie éditoriale s’étant invariablement plantée par le passé.

Evidemment, on peut s’attendre à plus de titres Suicide Squad, Harley Quinn (c’est déjà le cas pour elle) Batman, Superman et Wonder Woman, mais au final, il s’agit plus de bon sens commercial qu’autre chose, ces personnages étant bien trop originaux et anciens pour changer radicalement du jour au lendemain dans leurs publications.

Victimes de beaucoup de critiques depuis l’arrêt de The New 52, Dan Didio et Jim Lee (les deux hommes forts de DC Comics, ceux que l’on retrouve sur tout les plateaux de télévision, dans tous les podcasts, bref, les deux vendeurs VIP de DC Comics) ne semblent pas plus inquiets que ça, demeurant hyper stoïques et visiblement indéboulonnables quand ils font leur promo de DKIII comme si c’était le titre qui allait révolutionner le monde de l’édition (le buzz n’aura duré que le temps du premier numéro de la série).

Dan Didio, (co-éditeur avec Jim Lee, représente) en bien des points la tradition de l’éditeur, ce qui est une force en soi mais également une faiblesse quand il s’agit d’apporter du neuf. Grand admirateur de Marvel et Image dans les années 90 (pire décennie éditoriale et qualitative, faillite de Marvel et d’une dizaine d’éditeurs, fermetures de milliers de comics shops, etc.), on lui doit la réintroduction de personnages stéréotypés et inutilement ultra-violents, ainsi que l’enrôlement d’artistes indéfendables de cette période, comme le navrant Rob Liefeld (Youngblood, X-Force) et des clones tels que Brett Booth (Backlash). En résumé, un homme de 56 ans qui essaie de publier les comics désuets qu’il affectionnait plus jeune.

Et puis il y a Jim Lee, 51 ans, dessinateur superstar devenu co-éditeur de DC Comics après avoir vendu son studio Wildstorm à ce dernier. Partagé entre son art et le management (il ne publie plus qu’occasionnellement des comics événementiels), il ne trouve véritablement de succès que dans sa première vocation (Batman, Superman, Justice League), s’étant avéré incapable de fondre les personnages Wildstorm dans le moule du DC Universe, comme en attestent la demi-douzaine de titres annulés pendant The New 52.

Plus discret, leur rédacteur en chef, Bob Harras, 56 ans, dont le haut fait demeure quand même le départ de Marvel Comics après leurs banqueroute à la fin des années 90. Dans l’absolu, c’est lui qui a validé les décisions de Dan Diddio et Jim Lee, les bonnes comme les mauvaises. Evidemment, ce sont les mauvaises dont les gens se souviennent aujourd’hui. Mais il faut bien avouer que l’héritage qu’il laisse chez Marvel n’est pas brillant (l’éditeur devant sa survie à l’intervention du gouvernement américain).

A eux-trois, Didio, Lee et Harras sont néanmoins responsables, via The New 52, du sauvetage de toute une industrie: un mérite que personne aujourd’hui ne semble prêt à leur concéder, préférant se rappeler du temps où Paul Levitz  et Jenette Kahn géraient pratiquement à eux-deux la boutique (et que l’éternelle deuxième position de DC Comics était moins un problème qu’aujourd’hui). Ce qu’on leur reproche surtout, nonobstant  des décisions éditoriales discutables, c’est de ne pas être allés au bout de The New 52 et d’avoir jeté le bébé avec l’eau du bain. Cet épilogue étant également la dernière occasion d’analyser ce sujet, voici, selon moi,  les véritables erreurs commises par nos deux éditeurs et leur patron au cours de ces presque quatre ans de publications.

UN REBOOT PARTIEL

Il était audacieux pour DC Comics d’annuler tout son catalogue afin de  recommencer à zéro, mais encore aurait-il fallu le faire pour de bon car, comme on le sait, de par leur complexité et leur storyline en cours, les titres Batman (en partie) et Green Lantern n’ont pas été rebootés. Le statut intouchable de Geoff Johns est d’ailleurs pour beaucoup dans cette décision (il aurait été également judicieux de ne pas le laisser participer aux multiples réécritures du film Green Lantern).

LA FRAGILISATION DE VERTIGO

En devenant un label entièrement axé sur des séries appartenant à ses auteurs, Vertigo s’est vu retiré plusieurs de ses personnages les plus importants: John Constantine, Animal Man, Swamp Thing ainsi que passablement d’autres, tout ce monde se retrouvant dans les titres  »dark » de The New 52. Consolidant en qualité le reboot de DC Comics, cette initiative a hélas occulté toute la visibilité dont Vertigo bénéficiait, plus aucune de ses séries (à l’exception de Fables) ne réussissant à trouver les faveurs du grand public.

L’INCORPORATION RATÉE DE WILDSTORM

Alors que des personnages comme The Question (Charlton) ou Shazam (Fawcett) semblent aujourd’hui toujours avoir appartenu à DC Comics, ceux de l’ancien label de Jim Lee peinent encore à trouver leurs place dans le DC Universe, comme le prouve la vague d’annulations qui les as suivis durant The New 52. Trop modernes et complexes pour être assimilés, les héros de Wildstorm mériteraient leur propre univers.

UN REDESIGN DE COSTUMES PLUTÔT RATÉ

Qui dit reboot dit relooking et les héros de DC n’y ont pas fait exception. Sauf qu’à bien y regarder, la volonté de les moderniser a donné lieu à des looks pour le moins discutables et rapidement datés, comme si ces nouveaux costumes, si fonctionnels, sortaient tout droit des affreuses années 90. Si Wonder Woman et Aquaman n’ont pas été trop touchés, il n’en va pas de même de Superman, The Flash ou encore Batman pour ne citer qu’eux, leurs costumes (avec leurs parties découpées) semblant avoir été désigné par la même personne. Autre gros problème de ces costumes trop compliqués, ils ne souffrent pas d’être mal dessinés, ce qui fut hélas souvent le cas.

UNE UNIFORMISATION FORCÉE

Malgré quelques interprétations personnelles et l’incorporation de personnages Vertigo, il faut bien avouer que The New 52, à la différence des genres de titres proposés (super-héros surtout mais aussi militaire, western, fantastique, science-fiction, horreur, fantasy etc,), n’aura pas brillé par sa diversité graphique et scénaristique, la majorité des artistes essayant de suivre la charte mise en place au début de The New 52. C’est d’ailleurs probablement cette constatation tardive (et les critiques qui ont été avec) qui a donné naissance à l’initiative DC You de l’année dernière.

UN MANQUE FLAGRANT DE DIVERSITÉ RACIALE ET DE GENRE

Autant au niveau des séries que des équipes créatives de DC Comics, le manque de scénaristes et de dessinateurs de couleurs (et n’oublions pas les femmes!) demeure préoccupant. Ayant pourtant accumulé une longue liste d’artistes de renom n’étant pas blancs, DC ne semble pas désireux de les employer à plein temps, préférant capitaliser sur de jeunes artistes blancs pas toujours très originaux. Même problème pour les femmes, tellement minoritaires que l’éditeur a dû pratiquement communiquer de force en ce sens afin d’inverser la vapeur. Hélas, si cette initiative nécessaire fut appréciable, le résultat, bien stéréotypé (des comics fait par des filles pour des filles la plupart du temps) laisse encore un peu à désirer. J’en reviens à la question raciale. Pour ce qui est des comics de The New 52, les rares titres avec un personnage de couleurs ayant été annulé après peu de temps, alors que ces titres étaient pourtant de qualité. Cela en dit long sur le cloisonnement de cette industrie. Pour ce qui est des personnages féminins, ces demoiselles s’en sortent un peu mieux (grâce à des personnages populaires) mais sont encore bien trop souvent les faire-valoir des hommes et se retrouvent sexualisées à l’extrême sans véritable justification. Il serait temps de réaliser que les années 90 sont terminées depuis longtemps!

DES DISPUTES ÉDITORIALES NUISIBLES AUX PUBLICATIONS

Qu’auraient été certaines séries si leurs équipes créatives n’avaient pas été empêchées de faire leur travail par des éditeurs frileux ou simplement dictatoriaux? On ne le saura jamais, mais au nom de la synergie et de l’uniformisation, il y a fort à parier que nous sommes passés à côté de quelques événements qui n’auraient été que bénéfiques pour la pérennité du défunt reboot.

Pour conclure, The New 52 nous laisse quand même un héritage non négligeable au travers d’une bonne quinzaine de séries incontournables (Animal Man, Swamp Thing, Batman, Talon, Wonder Woman, Justice League Dark, Aquaman, I, Vampire, Justice League 3000, Red Lanterns, G.I. Combat, O.M.A.C., etc.) et d’un catalogue d’autres séries allant d’honorables à médiocres. Au final, The New 52 n’aura été ni meilleur ni pire que les précédentes incarnations de DC Comics, sa véritable victoire demeurant celle d’avoir réussi à redynamiser toute une industrie durant quelques années. Il est triste de constater qu’en 2016, cette même industrie semble être revenue en 2011, attendant fébrilement sa prochaine révolution.

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