THE FORCE AWAKENS

SPOILER ALERT. OBVIOUSLY (Viendrez pas vous plaindre après).

Pour ce qui sera très probablement ma dernière chronique de l’année, je ne pouvais décemment pas occulter mes trois visionnages du dernier Star Wars et laisser à d’autre que moi le soin de retranscrire l’émotion qui m’a parcouru durant toute la projection, d’autant que parmi toutes les chroniques que j’ai pu lire, il n’y en a pas une qui semble me correspondre. A l’heure des réseaux sociaux et de l’information continue, il n’y a pas un blogueur qui ne s’est abstenu de donner son avis éclairé sur le film de J. J. Abrams, pas un journaliste qui n’y est pas allé de sa critique, pas un site quelconque qui ne s’est mis à l’heure Star Wars.

Et tout ça pour quoi? Pour rien, que dalle, de la merde.

D’un côté, vous avez les vendus, ceux qui bossent pour l’industrie du divertissement et qui vont dans le sens du business. Pour eux, ce film est un chef d’oeuvre, le meilleur de la série (alors que ce sera pour toujours et à jamais The Empire Strikes Back), carrément une révolution cinématographique, rien que ça!

Après, vous avez les geeks, les blogueurs et les fans de la saga, tout âges confondus. Snobs, de mauvaise foi, fanatiques limite fascistes dans leur vision de leur médium et pour la plupart ignorants de la bonne moitié de ce dont ils parlent. Avec eux, pas de juste mesure, c’est soit de la merde, soit génial.

Les jeunes trouveront ça trop fabuleux (sans vraiment réaliser qui est Han Solo et la vieille dame dont il est amoureux; et on ne parle même pas du barbu à la fin qui ressemble à un magicien…), quand aux vieux, ils cracheront allègrement sur cette aberration visuelle qui ne fait que du recyclage en répétant la sempiternelle même histoire à travers les âges (alors que c’est exactement ce qui se passe dans la réalité, l’extrémisme changeant juste de nom pour perpétrer ses horreurs).

Et puis il y a tout ces points de litige qui semblent irréconciliables. Mais que répondre à un homme de cinquante ans quand il refuse une troisième Étoile de la Mort si ce n’est que le film s’appelle Les Guerres de l’Etoile?! Que dire à un autre qui prend BB-8 pour une  sous-version de R2-D2 alors que c’est clairement un hommage à Wall-E de Pixar?  Que répondre à un blogueur quand il trouve que Maz Kanata est une version orange féminine et inutile de Yoda si ce n’est qu’il est misogyne et sexiste?! Finalement, comment réagir quand une spectatrice sortant de la salle en même tant que vous se met à faire des parallèles avec Transformers si ce n’est en vous éloignant rapidement d’elle?!

J’allais oublier les intellectuels. Je m’en voudrais de les laisser de côté après avoir lu quelques-uns de leurs papiers et autres réflexions, la plupart se perdant sur des détails comme la mise en abyme du mythe ou encore le foutu sabre-laser de Luke Skywalker, utilisant un jargon tellement codé (la diégèse et ses différents niveaux par exemple) que seul(e)s ceux et celles étudiant le cinéma reconnaîtront; oubliant au passage de parler du facteur humain de la saga, des acteurs et des enjeux de leurs personnages.

Véritable discours de sourds, le débat Star Wars n’a jamais été aussi cacophonique qu’avec cet épisode VII. D’un côté, une machine commerciale qui ressemble à un rouleau compresseur, provoquant une hystérie collective (je vais me faire tatouer l’affiche sur le dos avant même d’avoir vu le film!) égale à un mépris monumental (Non, je n’irai pas voir cette merde pour mongols parce que Disney c’est Satan!).

Tout ça pour en revenir à ma chronique et au fait que je suis un peu dans la merde avec ma volonté de vous raconter autre chose.

Sauf que non, il me suffit juste de laisser parler mon cœur et mon cerveau à l’unisson afin de vous offrir mon ressenti sur cette expérience de cinéma sans équivalent. C’est pourquoi je ne parlerai pas trop de l’histoire de ce dernier Star Wars mais plutôt de ses protagonistes et des merveilleux acteurs qui en sont les moteurs.

Une chose sur laquelle même les haters semblent d’accords, c’est que la première demi-heure est parfaite (après c’est de la merde, surtout avec l’arrivée des vieux…), inattaquable. D’abord le générique avec le résumé et la musique de John Williams; un rendez-vous dans nos vies de cinéphiles, comme l’intro-générique des James Bond et les logos animés de studios (Paramount, Universal, Metro Goldwyn Mayer, etc.). Commençant sur la planète Jakku, le film ne perd pas de temps après son résumé, nous balançant d’entrée dans le feu de l’action, une réunion secrète de la Résistance étant brutalement interrompue par le débarquement du Nouvel Ordre.

Déjà, en moins de deux minutes, nous devons réaliser une chose importante, tout ce qui s’est passé dans Le Retour du Jedi n’a servi à rien. L’Empire a continué de prospérer sous un nouveau nom et la galaxie vit dans la terreur depuis des décennies, ses héros étant considérés comme de vulgaires terroristes. Pas mal comme entrée en matière.

Et quelle bonne initiative d’avoir fait appel à l’immense et immortel Max Von Sydow (oui, vous savez qui c’est) pour incarner (hélas bien trop brièvement) le vieux sage Lor San Tekka. Une sorte de continuité avec le personnage d’Obi-Wan Kenobi interprété par Alec Guinness dans la première trilogie.

Autre surprise, la performance de Oscar Isaac (Sucker Punch, A Most Violent Year) qui incarne Poe Dameron, pilote de X-Wing émérite et grande révélation de cette saga avec Daisy Ridley (Rey) et John Boyega (Finn). Son jeu puissamment virile et plein de maturité, ainsi que son humour pince sans rire (quand Kylo Ren le tient surtout), feraient presque de lui un nouveau Han Solo; presque car le vrai est toujours de la partie. D’ailleurs, sa disparition (après son évasion grâce à Finn et leur crash) puis son retour (alors qu’on le croit disparu) à bord d’un X-wing auraient mérité un peu plus qu’une petite explication de sa part. Peut-être une scène coupée qui apparaîtra dans le futur…

L’idée de donner une humanité aux anonymes Stormtroopers est aussi à porter au crédit de cette nouvelle saga, les personnalisant au travers de Finn, dont le massacre sur Jakku brise le conditionnement. Il est certes un peu regrettable qu’il se comporte parfois comme un noir américain échappé du SNL ( »I’m in charge now, I’m in charge!!! ») mais au final, ce n’est pas pire que le délicieux accent anglais de Daisy Ridley ou celui bien écossais d’un pirate de l’espace en bisbille avec Han Solo. Surtout, Finn est un personnage avec qui on peut s’identifier tout le long du film, un gars normal qui, après avoir été manipulé toute sa vie, devient une bonne personne naturellement puis suit le courant du mieux qu’il peut (tout comme Nux dans Mad Max : Fury Road).

Mais la véritable héroïne du Réveil de la Force est indéniablement Rey (magistralement interprétée par Daisy Ridley), la pilleuse d’épave sur Jakku qui recueille BB-8, le droïde de Poe. Rappelant parfois la fraîcheur de Natalie Portman dans la précédente trilogie, Daisy Ridley est pour beaucoup dans le fait que ce film fonctionne, sa présence et la puissante interprétation qu’elle délivre illuminant l’épisode VII de bout en bout, jusqu’à la fabuleuse scène finale qui restera comme un sommet d’émotions inégalable. Mais j’y reviendrai… En résumé, Rey, bien que noyée dans un casting de folie, mérite d’être mise sur le même piédestal que Furiosa, héroïne de l’autre grand choc cinématographique de 2015.

Venons-en maintenant à la boule, comme l’appelle Han Solo. Même si certains ne voient en lui qu’une pub insupportable pour le jouet le plus onéreux de Noël, BB-8 est un véritable miracle de cinéma. Je le rapprochais de Wall-E car son catalogue d’émotion (de par le fait que sa tête peut se déplacer) s’avère bien plus vaste que celui de R2-D2, surtout quand on sait combien ce dernier a su emporter tous les suffrages au cours des six autres films, sauvant presque la dernière trilogie par sa présence. Plus qu’un banal recyclage, BB-8 est une remarquable évolution du droïde préféré de deux générations.

Arrivent enfin les deux premiers héros de la saga originelle, j’ai nommé : Han Solo et Chewbacca. La coïncidence bien pratique qui fait se rencontrer nos nouveaux héros (Rey, Finn et BB-8) n’en est pas une, le Millenium Falcon, volé et passé de mains en mains, ayant un émetteur qui s’est activé quand Rey et Finn y ont embarqué pour fuir le Nouvel Ordre. Retrouver Harrison Ford et Peter Mayhew dans les rôles qui ont fait d’eux des stars planétaires n’est pas rien. Il est dommage que ces retrouvailles ne soient que du fan-service pour certains vieux aigris. Car si Peter Mayhew avait tout à y gagner, Ford, lui, avait tout à y perdre. Reprendre un rôle aussi mythique à 72 ans aurait pu tourner à la farce pathétique. Et pourtant, jamais il n’est à côté, pas une seule seconde. Sa première apparition est à couper le souffle, la suite est juste jubilatoire, quand il se réapproprie son vieux vaisseau, prenant tout le monde de haut, jusqu’à-ce que le destin (retrouver Luke) ne le rattrape, suivi de près par des problèmes bien plus pressants. Han Solo comme à la grande époque en somme. Mais visiblement cela ne suffit pas pour les cyniques, qui ne comprennent pas qu’un héros de la Résistance soit toujours un filou à passé septante ans… Qu’importe, Han Solo fonctionne, tout comme son duo avec Chewbacca (les répliques qu’il lui balance!), jusqu’à-ce que la mort ne le frappe de la plus tragique des façon, son propre fils l’assassinant de sang-froid peu avant la fin, lui donnant l’opportunité, peut-être pour la première fois, de se comporter comme le père qu’il n’a probablement jamais été.

Parlons-en de ce fils. Vous le savez maintenant, il s’agit du dernier chevalier Jedi tombé du côté obscur et sbire du Nouvel Ordre : Kylo Ren, ou plus simplement, Ben Solo, fils de Leia Organa et Han Solo. On en sait peu sur lui mais suffisamment pour comprendre que la Force de sa mère lui a été transmis et qu’il est devenu un chevalier Jedi entraîné par Luke, avant que tout ne tourne au drame, le jeune homme, à l’image de son grand-père, ayant quelques problèmes comportementaux. En pire (prétextes à deux scènes totalement inappropriées mais hilarantes et parfaitement dosées). Personnage antipathique au possible avec son visage de fouine et sa coupe de cheveux digne de Jean Sarkozy, Kylo Ren ne serait rien sans le formidable acteur qui l’incarne : Adam Driver. Il est d’ailleurs assez effrayant de constater que bon nombres de spectateurs (et de spectatrices surtout) adulent Ben Solo/Kylo Ren comme une star alors que ce personnage représente l’archétype du sociopathe parricide. On ne peut imaginer ce qu’a dû être sa vie dans l’ombre de son père (probablement absent) et l’amour de sa mère bien trop bref, les apprentis Jedi étant retirés à leurs parents très tôt. Qu’importe, un méchant doit être à la hauteur et Kylo Ren, de par la puanteur qui émane de sa personne, est le plus détestable de toute la saga, haut la main.

Impossible de ne pas mentionner Maz Kanata (surtout après ma prise de tête avec les fous furieux du forum de Collider.com). Interprétée en motion capture par Lupita Nyong’o, ce personnage millénaire est la propriétaire d’un bar de pirates sur Takodana et possède le sabre laser perdu par Luke sur Bespin. Injustement conspuée par certains blogueurs qui ne voient en elle qu’un énième recyclage, Maz est une femme fascinante (sa statue géante accueillant les visiteurs à l’entrée en dit plus qu’une longue histoire) et je ne serai pas étonnée qu’elle réapparaisse par la suite.

J’en termine avec les personnages en mentionnant la douce Carrie Fisher (alias Leia Organa), qui de princesse est devenue générale. Le temps a fait son travail, ses traits et sa voix ne sont plus totalement ceux que l’on connaissaient mais il se dégage quelque chose d’intemporel de son interprétation, comme si elle portait toute la saga sur ses épaules depuis des siècles. La retrouver est un cadeau qu’il faut chérir et non pas critiquer par des jugements bassement esthétiques. Et ses larmes m’ont brisé le cœur.

Je ne reviendrai pas sur le Nouvel Ordre et leur gigantesque Étoile de la mort (creusée dans une planète quand même), ce ne sont que des outils pour raconter une histoire bien plus personnelle qu’on ne le croit. Même chose pour l’attaque des X-wings, qui n’a évidemment pas la même intensité dramatique que celle de l’épisode VI (et encore moins celle du fondateur épisode IV) et dont l’existence n’est là que pour renforcer les ressorts dramatiques des véritables protagonistes de la saga, soit la mort de Han, le combat entre Finn et Kylo Ren, puis l’avènement en tant que Jedi de Rey face à ce dernier. Des outils pour raconter une histoire et pas du simple recyclage.

Même topo avec le sabre laser, il ne sert qu’à faire le lien avec Luke et les autres personnages qui le cherchent, rien de plus, rien de moins. Les professeurs en cinéma qui écrivent des papiers illisibles sur Star Wars devraient retourner se masturber sur Krzysztof Kieslowski ou Andreï Tarkovski et arrêter de se mentir en croyant comprendre les tenants et aboutissants de ce cinéma populaire. Au final, ils ne font qu’analyser et décortiquer un art qu’ils ne comprendront jamais vraiment; un peu comme des scientifiques tentant d’expliquer la religion. Mais je digresse.

En fin de compte, si je n’avais dû écrire qu’une chose sur Le Réveil de la Force, ce serait ce qui va suivre.

Luke.

Luke Skywalker.

Invisible pendant tout le film, Luke Skywalker n’est pourtant pas le grand absent de ces retrouvailles, bien au contraire. Pour ma part, j’ai vraiment eu l’impression qu’il était là tout le long, au détour d’une scène, au travers de son sabre-laser, de son évocation par ceux et celles le connaissant (ou croyant qu’il était un mythe) ou simplement à sa recherche. Ce n’est qu’à la fin du film que le stratagème scénaristique révèle toute sa force évocatrice au travers de son épilogue, quasiment un cliffhanger.

Quand Rey retrouve Luke sur cette île perdue, que ce dernier se retourne, drapé dans ses habits de vieux chevalier Jedi… Bordel, les larmes me sont montées aux yeux.

Mark Hamill dans toute sa splendeur, un homme de soixante-quatre ans redevenu (par la grâce d’un entrainement draconien et d’un bon coiffeur) un Luke Skywalker sur lequel le temps n’a pas d’emprise.

Puis Rey, toute fébrile, ouvre sa sacoche et lui tend humblement son sabre-laser avec tout le désespoir de la galaxie dans ses yeux mouillés.

Retour sur Luke, ce regard, plus intense et déterminé que jamais.

Rey.

Luke.

Rey.

Luke.

Et la caméra d’hélicoptère qui tourne autour d’eux avec cette musique de fou, m’emportant dans un tourbillon d’émotions comme jamais auparavant.

Générique de fin.

Je suis en larmes dans mon siège.

La fois d’après aussi, ainsi que la suivante.

J’y retourne bientôt.

J’en ai besoin.

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Une réflexion sur “THE FORCE AWAKENS

  1. Merci!

    Concernant Luke d’ailleurs, ce film réinstitue les Jedi comme légende. C’était déjà une histoire à dormir debout pour les jeunes vivant dans la trilogie originelle (« Tout ça c’est du flan » Han Solo) et si c’est une réalité pour certains, ils ne sont qu’une infime poignée à croire à l’existence de ces gens là.

    Le fait que l’ombre de Luke plane sur tout le film le laisse devenir cette figure emblématique grandiose du plan final, emplie, on n’en doute pas, d’empathie et de tristesse à cause de ce qu’il va devoir désormais transmettre à Rey.

    Entre l’idée de faire d’un absent le personnage central de tout les problèmes des protagonistes de l’action et celle de le pousser, enfin, à être le relai d’un savoir guerrier là où il devait être le porteur de sagesse, cette fin est quand même une des plus complexes et ambigüe qu’un Star Wars ait pu porter à l’écran.

    Là il y a du potentiel pour une trilogie vraiment chouette parce que rappelons le, l’équilibre dans la Force est complètement foutu. Ni Vador, ni Luke n’ont été les élus, ça paraît clair. L’un a poussé la galaxie dans l’obscurité (même s’il sauve ses propres fesses en fin de vie), l’autre tente de rééquilibrer mais malgré tout ses efforts (on le sait maintenant) se foire en cours de route…il manque maintenant celui/celle qui ramènera la sagesse et le calme partout sans provoquer ou nourrir les extrêmes et on n’a pas encore vu quoi que ce soit allant dans ce sens pour l’instant.

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