ALIEN (DEUXIÈME PARTIE)

Alien Movie Poster

Revenons au film et à cette fascinante version d’époque offerte par la Cinémathèque Suisse. Granuleuse, jaunie, rayée, usée par le temps mais néanmoins unique par ses brûlures de cigarettes (pour les changements de bobines) et ses coupes de pellicules au fil des ans. Et n’oublions pas le sous-titrage partiel qui nous ramène encore un peu plus à la fin des seventies.

Le générique est un modèle du genre, les lettres du films apparaissant lentement dans le vide de l’espace, suivies par l’imposante structure du Nostromo, un remorqueur interstellaire revenant vers la Terre avec son équipage en sommeil artificiel. Puis, un signal venant d’un planétoïde réveille ces derniers et le film commence.

Comme à chaque fois, mais peut-être encore plus en salle, la balade de la caméra dans les couloirs du Nostromo s’avère un grand moment pour nos yeux, détaillant chaque recoin de l’image avant de nous arrêter sur Kane (John Hurt, encore au début de sa légendaire carrière), premier membre de l’équipage à se réveiller.

La suite est tout aussi fascinante par sa simplicité, une bande d’ouvriers attablés autour de leur premier repas après des mois, parlant de tout et de rien, des primes de certains puis, enfin, de la véritable raison de leur réveil, le Nostromo étant encore à mi-chemin de la Terre.

Autre grand moment, lorsque trois membres de l’équipage (Kane, Lambert et le capitaine Dallas) sortent du Nostromo, après un atterrissage mouvementé, pour aller explorer un vaisseau extra-terrestre, lieu du signal détecté plus tôt. Grace au travail de H.R. Giger, ces instants demeurent les scènes de science-fiction les plus immersives de toute l’histoire du cinéma. L’atmosphère y est si lourde, si pesante et surtout si menaçante que l’on devine bien qu’il va se passer quelque chose d’affreux. Et la suite ne déçoit pas. La vision dantesque du Space Jockey  demeure encore aujourd’hui une image marquante de la S.F.

Le retour au Nostromo permet enfin de donner une dimension au personnage de Ripley (Sigourney Weaver, encore inconnue au cinéma à l’époque), cette dernière respectant le protocole en refusant, en vain, de laisser rentrer le pauvre Kane dans le vaisseau. Son traitement, tout en finesse, lors des prochaines scènes, ne laisse pas encore deviner qu’elle sera le personnage principal du film. Et pourtant…

Kane, débarassé de son parasite, meurs brutalement lors de ce qui aurait du être le dernier repas de l’équipage avant de retourner en hyper-sommeil. La scène, surtout en salle, frôle le ridicule ultime avec le bébé alien qui s’enfuit comme dans un cartoon, sauf que le tout fonctionne in-extremis grâce à un casting tétanisé et choqué, visiblement aussi surpris que nous, le réalisateur Ridley Scott leur ayant caché ce qui allait se passer jusqu’au dernier moment.

La mort de Brett (Harry Dean Stanton, mythique acteur de David Lynch) est également un grand moment, car elle est précédée par la poursuite d’un chat et la balade de Bret au travers du vaisseau, profitant d’une pluie artificielle dans un local pour se rafraîchir un peu, créant une empathie immédiate avec le public lors de ces quelques instants qui font enfin de ce mécano discret et effacé un personnage attachant, juste avant sa mort. Du grand art et une manière grandiose d’introduire la vraie créature au public.

A ce point du film, si on devait choisir un leader, on pencherait plutôt pour le capitaine Dallas, d’autant que Tom Skerritt avait vraiment la grande classe et l’âme d’un chef. Hélas pour lui, il ne fera pas de vieux os, la créature le chopant dans les conduits d’aération après une traque aussi pénible que suffocante, Dallas peinant tout le long à se déplacer bien avant que son sort ne soit scellé. On aura souffert avec lui jusqu’à la fin. Encore une brillante idée magnifiquement exécutée à l’écran.

Les membres du Nostromo disparaissant les uns après les autres, ils doivent de plus faire face à une autre menace, l’un des leurs, l’officier et médecin Ash (Ian Holm, futur Bilbo le Hobbit) étant un être synthétique programmé par la compagnie pour privilégier à tout prix l’acheminement de la créature sur Terre, même au prix de l’équipage. Sa destruction, puis sa réactivation pour le faire parler, sont un modèle de bricolages bons marchés et super efficaces, l’équipe ayant utilisé du lait de poule, des spaghettis et des billes de verre pour créer ses organes internes. Du même niveau que les huîtres et autres abats de viande utilisés pour l’autopsie du parasite et l’ouverture de l’œuf dans le vaisseau spatial. Et même si ces trucages sont quelque peu émoussés par la vision en salle, l’on se doit de saluer leur efficacité pour l’époque.

Parker et Lambert dégommés, il ne reste plus que Ripley et son fichu chat, ce dernier étant un personnage à part entière du film, bon nombres d’événements tournant autour de lui. Il y a une scène que je n’avais jamais vraiment remarqué dans Alien, c’est qu’à un moment Ripley attache ses cheveux pour quitter le vaisseau, reproduisant exactement la coupe de cheveux qu’elle aura dans Aliens sept ans plus tard! Une fois que l’on a réalisé ça, on ne regarde plus la fin du film de la même façon. Une fois de plus, merci la vision cinéma.

La fin est un classique de tension et de stress, l’empathie du spectateur se focalisant sur la mission impossible de Ripley, cette dernière essayant d’embarquer dans une navette de secours après avoir lancé un compte-à-rebours et tenté de l’arrêter. Se passant en deux temps, cette longue scène semble se terminer sur un happy-end, notre survivante retrouvant sa routine durant quelques minutes, avant de comprendre qu’elle n’est pas seule et qu’il va lui falloir encore quelques efforts pour profiter de sa navette. Flirtant avec une certaine forme d’érotisme (Sigourney Weaver en petite culote et débardeur), cette minute et des poussières demeure encore aujourd’hui comme un moment phare du film alors qu’il ne s’y passe absolument rien.

La scène finale, à mon sens, est celle qui donne à la créature l’aura qu’elle va développer durant la décennie suivante. Cette main allongée qui se pose sur le casque de Ripley, puis l’expulsion de la créature dans l’espace sont deux images choc qui ne font que renforcer toutes les autres poses iconiques de la créature depuis la moitié du film.

La conclusion fait écho à son introduction, le silence reprenant ses droits dans l’espace. Pour un peu, on croirait qu’il ne s’est rien passé. Juste un des plus grands films de science-fiction de tous les temps.

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