CALIFORNICATION, SAISONS 1-7

Venant enfin de terminer Californication après l’avoir abandonnée à la fin de la saison 2 pendant quelques années avant de rattraper les cinq dernières saisons en un peu moins de dix jours, il me semblait intéressant d’en faire une analyse rapide avec mon ressenti, vu que je suis quand même passé de la satisfaction totale à la frustration la plus absolue. On en parle peu dans les forums et les réseaux sociaux mais Californication, après des débuts fracassants, possède l’une des conclusions les plus navrantes de toute l’histoire des séries télé. Mais revenons au début.

C’est en février 2008 que j’ai découvert à la télévision Suisse les tribulations de Hank Moody, écrivain génial new-yorkais exilé à Los Angeles et auteur d’un brûlot littéraire,  »God Hates Us All », qu’il peine à confirmer. Séparé de sa femme Karen (la fascinante Natascha McHelhone) et père d’une formidable ado gothique (impeccable Madeleine Martin), Hank noie sa frustration et son manque d’inspiration sur le mode sexe, drogues et rock n’roll, même si les drogues sont plutôt remplacées par une quantité industrielle de cigarettes. Les producteurs se sont sentis obligés d’ajouter à cette famille dysfonctionnelle un couple d’amis tout aussi perturbés en la personne de Charlie et Marcy Runkle, respectivement agent et épilatrice. Les déboires amoureux vont en quelque sorte faire écho à la situation de Hank qui, au final, malgré son air désabusé et son attitude antisociale, ne cherche qu’à reconquérir sa femme et sa fille. Et c’est d’ailleurs tout le propos de cette première saison. Comme je ne vais pas spoiler, je me contenterai de saluer ces douze premiers épisodes en tout points excellents. Les auteurs dépeignent à merveille le Los Angeles arty, bourgeois et prétentieux, utilisant Hank tel un rouleau-compresseur pour le réduire en miettes, s’asseyant sur les conventions sociales pour mieux les atomiser l’instant d’après. Il y a vraiment un plaisir coupable à accompagner David Duchovny dans ce jeu de massacre autant verbal que physique. Mention spéciale au personnage troublant de Mia (Madeline Zima) qui va rajouter passablement de problèmes à notre héros, tant émotionnellement que pour la suite de sa carrière.

Pour résumer la saison deux, toujours sans spoiler, je dirai qu’elle va prendre un malin plaisir à détruire tout les acquis gagnés de haute lutte par Hank à la fin de la saison une. Le fil rouge de cette saison, c’est que Hank a quitté son job de blogueur pour devenir le biographe d’une vielle gloire du rock campée par le truculent Callum Keith Rennie, ce qui va donner lieu à des épisodes bien déjantés dans le milieu glam rock de Los Angeles. Pendant ce temps, l’agent de Hank devient l’agent d’une actrice porno, ce qui ne va pas arranger sa relation avec sa femme. La saison se termine en queue de poisson mais il s’est passé tellement de choses en douze épisodes qu’on est plus lessivé par ce tourbillon d’émotions que par le sort de notre héros. Donc encore une fois, Californication assure sans nous servir de la soupe. Et quelle bonheur de revoir Mädchen Amick tant d’années après Twin Peaks!

C’est presque six ans plus tard, en août 2015 et par la grâce de Netflix que je retrouve Californication avec sa saison trois! C’est un Hank plus paumé que jamais que je retrouve en train d’essayer d’élever seul sa fille Becca (en pleine crise adolescente) avec un nouveau job qui consiste à être prof d’écriture dans une école, ce qui n’est pas sans causer quelques problèmes vu son franc-parler et son manque de filtre social. Manquant de causer la mort de l’un de ses élèves et couchant avec une fille de cette même classe, Hank tente de garder sa nonchalance habituelle mais tout s’accélère. Pour couronner le tout, Charlie lui présente son nouveau client, rien de moins que Rick Springfield, ce dernier jouant son propre rôle de rockstar en accentuant largement les pires traits de sa personnalité. Karen revient évidemment dans la série mais le rapprochement avec Hank est parasité par l’arrivée surprise d’un ex de cette dernière. Puis c’est au tour de Mia (qui a eu une aventure plutôt lucrativre avec Hank dans la première saison) de faire son retour pour la promotion de l’édition de poche de son best-seller  »Sucking and Punching ». Rien à redire, cette troisième saison délivre à nouveaux de trésors de rebondissements scénaristiques et nous sert un cocktail détonnant, pimenté par la prestation incendiaire de Eva Amurri qui n’a pas besoin de test ADN pour prouver qu’elle est bien la digne fille de Susan Sarandon.

La saison quatre commence étrangement pour Hank et pour le réalisme de la série en particulier. Je ne suis pas féru de loi mais quand on balance un direct au visage d’un officier de police, on sort pas le lendemain en payant une caution. Mais passons. Cette fois, Hank est vraiment dans la merde, d’abord parce qu’un très gros secret qu’il avait gardé depuis la saison une est révélé au monde, ensuite parce qu’il risque plusieurs années de prison à cause de ce qui s’est passé avec la personne à l’âge qu’elle avait au moment des faits. En pleine spirale descendante, Hank doit encore faire face à la colère de son ex-femme ainsi qu’au sentiment de trahison de sa fille Becca. Non, il ne fait pas bon être Hank Moody dans cette quatrième saison, même si Hollywood vient de décider d’adapter sa vie au cinéma avec rien de moins qu’un acteur psychopathe pour jouer son rôle. L’arrivée du personnage de Eddie Nero est d’ailleurs un grand moment car elle permet à nouveau de constater du génie de Rob Lowe, totalement habité par son rôle, passant des rires à la flippe la plus totale. Défendant sa liberté au tribunal, Hank peut compter sur son avocate (interprétée par la sensuelle Carla Gugino), mais la tension sexuelle entre eux ne va pas leur faciliter la tache dans un premier temps. Même s’il se passe encore plein de trucs, la formule commence à montrer quelques fameux ralentissements. Toute l’histoire avec le producteur de cinéma et son mode de vie décadent font penser aux tristes dérives de Nip/Tuck. Rajoutez quelques personnages inutiles (le patron de l’avocate de Hank) ou carrément gênants (Stu, le nouvel amant de Marcy) et vous aurez une bonne image des saisons à venir. Quand à l’idée de faire de Charlie le soufre-douleur de la série, le douloureux dernier épisode n’en est que le prologue. Ça commence à faire beaucoup malgré les quelques fulgurances et les performances de Rob Lowe et Carla Gugino.

Saison cinq. Hank revient à Los Angeles après deux ans d’absence sous l’impulsion de Charlie qui veut lui faire écrire le scénario d’un film policier pourri commandé par Samourai Apocalypse, une sorte de gourou du hip-hop totalement à la masse (RZA du Wu-Tang Clan totalement dedans et donc parfaitement détestable tellement il enchaîne les clichés sur les rappers). Problème, Hank a flirté sérieusement avec sa protégée dans l’avion qui l’amenait de New-York et il aimerait bien conclure, au risque de se prendre une balle dans la tête. Rajoutez à ça son ex-femme qui vit rangée avec un ancien alcoolique et sa fille qui est très éprise d’un garçon qui la trompe à son insu et vous aurez un tableau assez précis de la situation du pauvre Hank. Alors je pourrais parler de l’acteur qui joue le copain de Becca, oui, je pourrais mais il est un peu comme le reste de la saison, sans réelle intérêt, alors on l’oublie ce bellâtre. Parce que pour tout vous dire, on se croirait dans Desperate Housewives et ça, c’est quand même tragique!

La saison six remonte quelque peu le niveau en reprenant le gimmick de la saison deux pour l’élargir, Hank se retrouvant en cure de désintoxication en compagnie d’une star du rock, Atticus Fetch (joué par le déjanté Tim Minchin) qui a besoin d’aide pour écrire sa comédie musicale. La super idée, c’est d’avoir débauché Steve Jones des Sex Pistols pour en faire sa nounou et la lumineuse Maggie Grace (Lost) pour jouer sa muse Faith. Cumulant un nombre d’invités sans précédent (la rencontre entre Becca et Marilyn Manson vaut son pesant de cacahuètes), cette saison semblait bien partie pour être celle de la réconciliation mais les tribulations humiliantes de Charlie et la vie sexuelle de Marcy et Stu annihilent tout le travail qui est fait sur la série. Quand à la relation entre Karen et Hank, elle semble de plus en plus compromise, cette dernière succombant aux charmes d’un autre mauvais garçon. Sauf que plus personne ne se soucie de Karen à ce moment de la série. Et quelle idée de prendre le formidable personnage de Faith (qui sauve presque à elle-toute seule cette saison) pour le confronter à sa famille et à son vieux quartier de ploucs??? Bon, sa relation avec Hank est bien amenée mais quand même… Cadeau de merde final, les auteurs arrangent les choses entre Charlie et Marcy, sauf qu’on s’en fout encore plus de ces deux nigauds. Une saison globalement mal torchée et qui aurait pu être tellement bien… j’enrage!!!

Il est temps de conclure mais voilà, les auteurs ont décidé de tout foutre en l’air avec cette septième saison, utilisant le pire ressort scénaristique possible pour un série comme Californication et un anti-héros comme Hank Moody: Ils lui fourguent un fils caché de vingt ans et sa mère sur le retour (pauvre Heater Graham qui n’arrive à rien avec le rôle de merde qu’on lui a fourgué)! Et c’est un désastre complet qui va durer toute la saison. Le très pénible Oliver Cooper, qui joue Levon, le fils de Hank, est une tête à claque de compétition sortie tout droit de cette connerie de Project X. Son omniprésence ruine la totalité des douze épisodes, ainsi que le mojo de Hank, redevenu un quinquagénaire ordinaire. Le personnage de Becca est oublié, quand à celui de Karen, il est prétexte à un dernier épisode aussi gênant qu’inutile. Je vous laisserai juger par vous-mêmes mais je trouve que cette saison contamine les précédentes de Californication et lui donne un goût pour le moins amer. Un sabotage de la sorte, on ne voit pas ça tout les jours. En comparaison, la fin de Lost est carrément satisfaisante. (Perso, j’ai toujours bien aimé).

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