FANTASTIC FOUR (DEUXIÈME PARTIE)

Avant que je ne m’étale ici sur ce que j’ai vu (ou cru voir) dans ce film, il me semble important de vous situer mon implication par rapport à tout ça. Je suis un vieux lecteur de comics, j’ai pratiquement appris à lire avec ces fascicules et je peux vous tenir la jambe plusieurs heures rien que sur Fantastic Four. Je pense que la majorité des adaptations de comics réalisées jusqu’à aujourd’hui, en bien ou en mal, ont été plus ou moins des ratages. Néanmoins, j’éprouve beaucoup de sympathie pour une partie de ces films. Mes préférés sont The Crow, Watchmen et Dredd que je considère comme des extensions des comics originaux, ainsi que de véritables œuvres cinématographiques et non pas de simples blockbusters.

Pour ce qui est du Fantastic Four de Josh Trank, je préfère le dire d’entrée, il ne rentrera jamais dans ma liste, mais pas parce que le film est mauvais, plutôt parce que je suis en désaccord avec une partie du casting et parce qu’il s’éloigne trop du comic-book. Sauf qu’à la différence de la vindicte populaire (constituée essentiellement de cinéastes frustrés écrivant sur des sites spécialisés et de pseudo-geeks scandalisés qui n’ont pas vu le film), je ne pense pas que cela suffise à faire de Fantastic Four un mauvais film, même si son propre réalisateur semble le penser. Mais je reviendrai également là-dessus.

Parlons plutôt de Josh Trank, 31 ans cette année et connu pour un seul film il y a trois ans, Chronicle. Un film en found foutage ou trois ados se filment après avoir développé des super-pouvoirs. Énorme succès au box office qui lui permet de se faire engager par la Fox pour réaliser ce que vous savez. Sauf qu’on peut se demander si le studio a pris le temps de regarder Chronicle, ce dernier étant tout sauf un film de super-héros. C’est même tout l’inverse, l’ensemble transpirant d’un profond mépris pour le genre, préférant rester dans une réalité tronquée mais terriblement crue.

Le buzz négatif commence en début d’année. D’abord les quatre acteurs principaux, considérés comme trop jeunes ou simplement du même âge (alors que les originaux ont de grandes différences d’âge). Surtout, on parle (moi le premier) de discrimination positive en donnant à Michael B. Jordan le rôle de Johnny Storm. Les choses ne s’arrangent pas quand on apprend que Dr Doom (le perso qui a quand même inspiré Darth Vader, rien que ça!) sera un hacker anarchiste. Les premières images ne rassurent personne et on commence à parler de soucis dans la production, soucis qui seront confirmés par des projections-test désastreuses et le reshoot de certaines scènes. Josh Trank, qui devait bosser sur Star Wars, est écarté à la fois de la saga galactique, ainsi que du montage final de son propre film.

Pendant ce temps dans la galaxie Marvel, Avengers: Age of Ultron explose à juste titre le box-office mondial, puis c’est au tour de l’ultra-tiède Ant-Man de rafler des éloges internationales aussi disproportionnées que l’oubli qu’il va susciter.

Une première bande-annonce de Fantastic Four arrive enfin et l’espoir d’un bon film renaît sensiblement. Le bleu glacé de l’image rappelle les productions DC/Warner, l’ensemble à l’air bien dark mais il semble y avoir également de l’humour. Surtout, et je parle ici aux lecteurs de comics, on se croirait dans Ultimate Fantastic Four (Ultimate étant un label Marvel plus réaliste destiné aux nouvelles générations). Hélas, le buzz négatif est en place depuis bien trop longtemps pour qu’on réussisse à y voir clair. A quelques jours de la sortie européenne, l’annonce de la Fox de ne pas faire de projections-presse finit de convaincre les indécis sur le film. Et les premières critiques arrivent enfin, hélas orchestrées par la Fox qui a décidé de faire sa pub en interne. Les commentaires sont dithyrambiques mais ne convaincront personne. Pire, les quelques médias invités se feront, à raison ou pas, traiter de vendus sur internet, les réseaux sociaux ayant décidé de déverser leur haine sur ce film sentant la merde.

Le coup de grâce, c’est Josh Trank en personne qui l’assène, tweetant qu’il avait un bien meilleur film un an auparavant et que les critiques auraient été fantastiques. Le tweet est resté moins de dix minutes sur internet mais le mal était fait. Une première dans le genre, un réalisateur qui se dédouane en flinguant son propre film!

J’en reviens à moi. A ce stade, je n’ai absolument pas envie d’aller voir Fantastic Four, même avec mon pass, c’est dire. J’ai plutôt envie de me faire des films indépendants, genre Victoria ou encore La Dame dans l’Auto avec des Lunettes et un Fusil. Même While We’re Young avec Naomi Watts et Ben Stiller me parle plus que Fantastic Four. Je me fais les deux derniers avant au final (j’aurai dû éviter While We’re Young quand même, quelle perte de temps…).

Je me suis donc assis une troisième fois. Les lumières se sont éteintes et ce fichu film a commencé.

Je vais essayer de ne pas trop spoiler. Au pire, revenez cette nuit lire cette chronique.

L’histoire commence une décennie plus tôt dans une salle de classe. On y découvre le jeune Reed Richards en train d’expliquer à ses camarades (dont un certain Ben Grimm) et à son prof (qui devait être nazi dans une autre vie) son but dans la vie, créer rien de moins qu’un téléporteur! La suite va s’avérer une excellente introduction avec son côté très Spielberg. Jusqu’ici, tout va bien, la confiance s’installe doucement.

On se retrouve à notre époque, Reed et Ben (Jamie Bell a pris de la bouteille dites donc) rencontrent Sue Storm (délicate Kate Mara) et son père adoptif, ce dernier engageant Reed pour construire sa machine au format géant. Ben, n’étant pas un scientifique, est logiquement écarté du projet (blasphème pour les fans mais bon, c’est logique) et remplacé par Johnny Storm (après un magnifique bras d’honneur à la franchise Fast & Furious) Et je m’aperçois que c’est filmé comme un film indépendant. Plutôt bien en plus. On est pas abreuvés en permanence d’informations inutiles, ce qui se passe est clair et précis, sans génie mais sans de quoi crier au scandale non plus. Les persos sont légèrement présentés (pas assez à mon goût) mais ce n’est pas gênant.

Arrive alors Victor Von Doom, ou plutôt l’erreur de casting majeure du film, une fois de plus. Au moins Julian MacMahon dans les deux précédents ressemblait physiquement au personnage, même s’il jouait comme un pied. Là, on à affaire à un jeune génie asocial dépeint comme une sorte de hacker et, à nouveau, il en pince pour Sue Storm. Même avec la meilleure volonté du monde, je ne peux accepter cette redite absurde qui ne sert à rien. Mais là où la narration est intelligente, c’est qu’elle ne laisse pas au fan que je suis le temps de s’énerver, rendant rapidement Von Doom intéressant et finalement pas aussi naze que je le craignais. Il n’était peut-être quand même pas nécessaire de le rendre sympathique avec un verre dans le nez.

Nos petits génies finalisant leur machine dans un environnement soudainement sous contrôle militaire, on en arrive fatalement à l’accident qui va leur donner leurs pouvoirs. Là encore, des libertés étonnantes sont prises avec le matériau d’origine (principalement avec Sue, mais cela fait sens avec son perso dans le film), sauf que cela fait déjà un moment que je me suis résolu à l’idée d’assister à une totale réinterprétation de mes Quatre Fantastiques adorés et que je passe un très bon moment, totalement captivé par les images sublimes qui défilent devant moi. Un monde extra-terrestre ressemblant totalement à l’idée que je me fais de la Zone Négative, un bombardement de matière vivante qui remplace parfaitement les rayons cosmiques de 1961, ainsi qu’un retour in-extremis de l’enfer dans une capsule qui se substitue avantageusement à la fusée des origines. On est vraiment dans Fantastic Four et la suite va le souligner de manière dantesque.

Le réveil est brutal pour nos futurs héros. Comment vous dire? On se croirait dans un film d’horreur pendant cinq bonnes minutes, genre La Mouche de Cronenberg, et les minutes où ça fait mal. Il se passe alors un truc original et totalement… humain avec le personnage de Reed, une idée de scénario tellement simple qu’elle en est géniale, donnant par la même occasion à Miles Teller l’opportunité de montrer ses talents d’acteur. Puis le film fait un bond d’une année; une ellipse narrative loin d’être gratuite.

On en est à la moitié mais je suis déjà acquis à la cause de ce film, souffrant avec ses personnages, surtout avec Ben, dont l’armée se serre comme d’une machine de guerre, tandis que Johnny (en rupture totale avec son savant de père) est entraîné pour devenir leur seconde arme absolue. Encore une fois, le fait que l’on puisse transformer des héros en tueurs peut sembler aberrant mais, au final, pourquoi pas? Grace à l’armée, la camaraderie et les rires du début ont fait la place à une atmosphère pesante et glaciale; jusqu’à-ce qu’une véritable menace se mette en place au cœur même de la base militaire. La suite, évidemment cousue de fil blanc, nous projette dans une scène d’introduction comme on aimerait en voir plus souvent dans ce genre de films. C’est comme ça que l’on devrait toujours introduire le méchant de l’histoire.

On s’est beaucoup moqué de certains dialogues du film, souvent même avant de les avoir vus dans le vrai contexte. Il y en a un qui ne prête pas du tout à rire, celui ou il est dit qu’il n’y a plus de Victor, seulement Doom. Rarement un film Marvel aura aussi bien représenté le mal avec une telle économie de moyens. Ce qui se passe en l’espace de quelques instant est juste d’une brutalité sans nom, utilisant une seconde fois les codes du cinéma d’horreur.

Arrive l’affrontement final (dans ce que j’appelle la Zone Négative), le clou du spectacle et, effectivement, la seule véritable scène d’affrontement du film, mais quelle scène, celle ou ces quatre jeunes gens deviennent une équipe (à défaut d’une famille) face au mal personnifié et omnipotent. Le délire visuel est total, l’action gigantesque; quand à nos héros, ils sont enfin fantastiques, dans tous les sens du terme.

L’épilogue est classique mais permet de respirer enfin après tant de noirceur, jusqu’à la scène finale qui permet de conclure sur une tonalité plus détendue et amicale, un peu comme au début du film en fait et c’est bienvenu. Nos ados sont devenus des adultes en un rien de temps, on ne le leur reprochera pas vu l’horreur dont ils viennent de sortir. Générique de fin.

Visiblement aussi stupéfaits que moi que ce film n’ai pas été une grosse merde, les spectateurs derrière moi se mettent à l’applaudir gentiment. J’en fais de même avant de me saisir de mon téléphone pour envoyer deux ou trois messages, n’en croyant toujours pas mes yeux et mes oreilles.

En rentrant, il me faudra tout mon flegme pour convaincre ma copine qui croyait que je me foutais d’elle. Désolé bébé, je ne plaisante jamais avec les adaptations de comics, surtout quand elles sont aussi originales et bien torchées que ce Fantastic Four.

A vous maintenant de choisir votre camp, mais franchement après tout ce que je viens de vous balancer, si vous n’aimez pas le film de Josh Trank au final, eh bien tant pis pour vous.

P.S. le film de Joann Sfar est très bien.

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2 réflexions sur “FANTASTIC FOUR (DEUXIÈME PARTIE)

  1. Oui, le film mérite d’être vu et apprécié pour ses qualités. Et il y a fort à parier qu’un éventuel director’s cut remettra quelques pendules à l’heure car le bâchage dont il a été victime est disproportionné.

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