FANTASTIC FOUR (PREMIERE PARTIE)

Le cinéma est un média formidable. Il est également paradoxal de par l’interprétation que l’on peut en faire, les louanges que l’on va décerner à certaines de ses productions et les torrents de remontrances que l’on fera à d’autres.

Prenons deux films parfaitement opposés, autant par leurs époques de réalisation que par leurs sujets: Metropolis et Transformers.

Le premier (un peu comme Citizen Kane de Orson Welles) a été détruit par la presse et le public, remonté mille fois, absent des écrans durant des décennies, en partie perdu durant plus d’un demi-siècle et, en prime, massacré et colorisé pour plaire à un nouveau public. Aujourd’hui, Metropolis est justement considéré comme l’un des plus grands chefs d’œuvres du cinéma, une oeuvre visionnaire que ne laisse plus aucun cinéphile indifférent. Un peu tard pour Fritz Lang, même si ce dernier a connu une seconde carrière formidable aux Etas-Unis après avoir fui l’Allemagne Nazie.

Le second, Transformers, adaptation live d’une licence de jouets par le roi du blockbuster estival Michael Bay, s’est avéré aussi lucratif que décérébré, rapportant plus de 700 millions de dollars au box office, plus trois milliards pour ses trois suites. Cette licence est aujourd’hui vénérée au delà du raisonnable par des millions de personnes sur Terre alors que ces films sont cinématographiquement mauvais et que même une partie de son casting les a reniés. Le cinéphile se consolera en se disant que d’ici 50 ans, ces films seront considérés comme d’infâmes nanars sans valeur, ce qui est déjà un peu le cas aujourd’hui.

Et c’est là que j’en arrive à Fantastic Four de Josh Trank. Enfin, pas tout de suite.

D’abord un peu d’histoire. Fantastic Four est l’un des tout premiers comics de super-héros publié par Marvel en 1961. Scénarisé par Stan Lee et dessiné par Jack Kirby durant plus d’une centaine d’épisodes aujourd’hui légendaires, ce comic possède le record de la plus longue série Marvel jamais publiée avec plus de 600 numéros publiés (incluant les différentes numérotations). Elle a connu des hauts et des bas durant ces six décennies, mais au final, si on tient compte des runs historiques de John Byrne, de Walter Simonson, Carlos Pacheco, Jonathan Hickman et quelques autres, Fantastic Four n’a jamais vraiment volé son en-tête de The World’s Greatest Magazine!

Mais surtout, à la différence des autres séries Marvel, Fantastic Four n’est pas une série de super-héros. Reed Richards est un scientifique, marié à Sue Storm et donc beau-frère de Johnny Storm, plus Ben Grimm, ami de collège de Reed. Ces quatre-là sont une famille (des enfants vont suivre au fil des décennies) depuis le début et, surtout, trois individus assistant un scientifique de génie dans ses recherches et les aventures cosmiques qui en résultent. Le schéma des justiciers attendant qu’un crime se commette pour y remédier est ici totalement inversé, les Fantastic Four étant le plus souvent à l’origine des situations qu’ils rencontrent, que ce soit en explorant l’espace, des mondes parallèles ou en rencontrant des menaces globales qui menacent la planète entière. Et même si certains vilains correspondent à l’idée que l’on se fait de méchants de comic books (Diablo, The Mole Man, Doctor Doom, etc.), on est quand même loin des braqueurs de banque, costumés ou pas, de Spider-Man, Daredevil et cie.

Fantastic Four est une resucée d’un autre comic de 1958 (trois ans avant donc) dessiné par Jack Kirby, The Challengers of the Unknown. Publié par DC, cette série racontait les exploits de quatre aventuriers des temps modernes (Prof, Red, Rocky et Ace) qui, après avoir survécu à un crash mortel, décidaient de mettre leurs compétences en commun pour résoudre les mystères de leur temps. S’il fallait une preuve de plus que Fantastic Four est avant tout un comic basé sur la découverte, l’exploration et l’aventure, c’est bien celle-là.

Parlons des films maintenant. Il y en a quatre. Oui, vous avez bien lu.

Fantastic-four-movie-poster.jpg

Le premier film a été réalisé en 1994 pour le compte de la société de Roger Corman, bien connu de nos services comme le pape de la série B. Financé à hauteur d’un million de dollars, cette production indépendante reprend par le détail les origines des Fantastic Four en y incluant celles de Dr Doom, ainsi que quelques éléments originaux. Relativement fidèle aux comics mais n’arrivant pas à sublimer l’ensemble du fait de son manque de moyens évidents, ce petit film sympathique (et visionnable sur Youtube!) n’a pas réussi à trouver son chemin vers les salles de cinéma, Avi Arad (exécutif de Marvel à l’époque) l’ayant racheté pour en empêcher sa diffusion. La légende veut qu’il aurait enterré l’original du film dans son jardin pour éviter qu’on le retrouve. Visiblement, Marvel ne désirait pas que l’un de ses titres phares devienne un produit aussi fauché. Dommage qu’ils n’aient pas eu le même réflexe à l’époque de leurs séries télé sur Hulk et Spider-Man… Au final, The Fantastic Four est effectivement un téléfilm de luxe un peu pourri mais avec beaucoup de cœur et qui aurait quand même mérité une sortie vhs ou dvd. En 2014, le documentaire Doomed! revenait en long et en large sur sa gestation tourmentée et les incroyables tribulations qui ont suivis. A voir très prochainement sur internet…

Fantastic Four poster.jpg

Une décennie plus tard, en 2005, arrive ce film de Tim Story. Produit par la Fox (tout comme les deux suivants), Fantastic Four est, après X-Men, considéré comme un film familial qui tombe totalement à coté de son sujet. Pour ma part, j’ai détesté ce film et sa suite jusqu’à aujourd’hui. Pourtant, comme beaucoup de puristes, je me suis senti obligé d’acheter les dvds (sous couvert de regarder les bonus avec les habituels documentaires sur les comics), bon, en seconde-main les dvs, faut pas exagérer non plus. Et cette semaine, comme le nouveau film arrivait et que j’avais pas envie de le voir, je me suis retapé celui de Tim Story. Et vous savez quoi? C’est plutôt pas mal. Les quatre personnages sont parfaits, ce sont vraiment les Quatre Fantastiques des comics (oui oui, même Jessica Alba), le juvénile Chris Evan et l’irascible Michael Chiklis forment un duo comique explosif digne des meilleures pages de Lee et Kirby. Quand à Ioan Gruffud, il est Reed Richards. La seule aberration de ce film, c’est d’avoir choisi Julian MacMahon pour incarner Dr. Doom, un acteur qui de Charmed à Nip/Tuck a toujours joué le même rôle. Ce choix plombe le film, sans méchant valable, pas de héros. Pourtant le film rapporte de l’argent et une suite est annoncée. On se dit alors que ce sera forcément mieux… Obligé.

 Fantastic Four 2 Poster.jpg

Deux ans plus tard, rebelote avec cette suite mettant en avant l’un des personnages les plus charismatiques de Marvel, le Surfer d’Argent. On pouvait légitimement penser que la Fox, malgré le succès au box-office, avait appris de ses erreurs et entendu les complaintes du public… Que dalle!!! La formule reste la même. Julian MacMahon rempile dans son rôle de méchant digne de Dallas et le film n’explique même pas pourquoi ni comment. Heureusement, dès qu’il a son armure, le film fonctionne et on retrouve enfin de quoi espérer. Autre fait remarquable, les quatre personnages principaux s’avèrent encore plus attachants que dans le premier film, formant pour la première fois une famille. Ensemble, ils soutiennent carrément le film et le vide de son scénario. A commencer par un Surfer d’Argent assez fascinant mais dont on ne sait rien du début à la fin, sauf qu’il se révolte contre un nuage de gaz censé être Galactus! Le manque d’ambition et la peur du ridicule, voilà ce qui plombe les films de ce genre et, malheureusement, cette séquelle en a fait les frais. Un beau gâchis malgré ses fulgurances.

2015, Josh Trank, plus vraiment auréolé de son succès avec le film Chronicle, voit la sortie de son second film, Fantastic Four, sabotée par la plus grande vague de haine jamais orchestrée par les médias et le public, mais ce sera pour demain car je dois rendre l’ordinateur à ma copine qui en a besoin…

TO BE CONTINUED

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s