AMY DE ASIF KAPADIA

Pfff… Il y aurait tellement à dire sur ce putain de documentaire (à commencer par le fait qu’il est aussi réussi que raté) mais par où commencer? Ah, je sais!

Amy Winehouse était une chanteuse de jazz.

Voilà. C’est Tony Bennett qui le dit, parce qu’on l’avait finalement totalement oublié avec tout ce bordel autour d’elle et le succès planétaire de son deuxième album, Back to Black. Amy était une chanteuse de jazz.

Le documentaire d’Asif Kapadia présente une quantité renversante d’images et de vidéos inédites et intimes (un peu trop même) de la vie de la chanteuse, à croire qu’elle était constamment filmée ou photographiée, même avant de devenir une star. Mises bout à bout, ces images, ces vidéos et ces enregistrements audio font de ce documentaire une œuvre troublante, comme si on avait tourné un Biopic télé (la faute à quelques vidéos de moindre qualité technique) avec les vrais protagonistes de l’histoire. Ca en est tellement troublant par moments qu’on finit même par se dire que certaines images sont bien trop intimes, bien trop réelles. On avait jamais vu Amy d’aussi près.

Et c’est là que ce documentaire rattrape son côté voyeuriste, car il vient nous rappeler à quel point Amy Winehouse était belle, rayonnante de vie et de talent. Une grande vivante qui aura vécu bien plus en 27 ans que la plupart d’entre nous en toute une vie.

Evidemment, sa relation problématique avec la gloire fait écho à celle d’une autre légende de la musique, partie une décennie plus tôt, un certain Kurt Cobain. Tout comme son histoire d’amour toxique avec l’homme de sa vie, ce Blake Fielder qui l’aimait probablement autant que la came qu’il s’injectait dans le corps. Et puis il y a le papa, chauffeur de taxi et manager comme moi je suis champion du monde de plongée. Ce père qui a bossé toute sa vie et qui ne comprend pas que sa fille surmenée ne peut pas assurer une tournée américaine. Ce père, qui débarque avec les caméras de son émission de télé réalité quand sa fille avait besoin d’intimité avec lui et de réconfort. Ce père qui a logiquement renié ce documentaire, s’étant probablement fâché avec son réalisateur.

Ce père auquel Amy semble attendre tant, il s’incarne à merveille en la personne de Tony Bennett, il n’y a qu’à voir l’extrait de son apparition aux Grammys Awards et la réaction survoltée de Amy en compagnie de son orchestre sur une autre scène. Il représentait toute la grandeur paternelle que son propre père semblait incapable d’endosser. Leur séance d’enregistrement en étant un autre exemple édifiant.

A l’image des meilleurs rockumentaires, on aura fait le tour d’une époque qui résonne encore dans nos têtes, tellement on peut la toucher des doigts, avec les Kills et les Babyshambles en musique de fond, les frasques de Amy, ses moments de joie et de tristesse s’égrenant comme les Unes des journaux à scandale, jusqu’à ce funeste jour du 23 juillet 2011 où son corps fut retrouvé sans vie dans le lit de la chambre à coucher de son appartement de Camden.

D’ailleurs, Asif Kapadia aurait pu avoir la main plus légère sur une partie de son film, la longue descente aux enfers de Amy étant montée avec un peu trop de complaisance, comme en atteste un extrait de remise de prix où le présentateur se moque d’absence de la gagnante en l’insultant sous les rires des invités et du public. On n’avait pas besoin de voir ça.

Tony Bennett, décidemment d’une justesse sans faille, dira à propos d’Amy qu’elle avait tout le background nécessaire pour survivre à la vie d’une chanteuse de jazz se retrouvant sous les projecteurs, mais que malheureusement l’époque ne lui avait pas permis de se blinder assez vite pour survivre à toutes les horreurs que les vieux chanteurs de jazz chantaient dans leurs chansons, reconnaissants d’avoir on ne sait trop comment survécu à tout ça.

Putain de société qui nous prend nos héros, serais-je tenté d’ajouter.

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