ROY THOMAS: 75 YEARS OF MARVEL

 

 

 

Sous-titré: From the golden age to the silver screen, ce gigantesque livre (29 x 39,5 cm pour 712 pages faisant 7 kg) écrit par Roy Thomas semble le complément idéal au 75 Years of DC Comics de Paul Levitz sortit en 2010 et modèle identique du Marvel.

Tout comme Levitz, qui fut président et éditeur en chef de DC, Thomas peut se targuer de bien connaître Marvel, ayant remplacé Stan Lee, son maître spirituel, au poste d’éditeur en chef et ayant scénarisé bon nombre de séries à succès et lançant surtout Conan The Barbarian en compagnie de Barry Windsor Smith en 1970 avec le succès que l’on sait.

Se présentant dans une valise en carton (avec une poignée en plastique) qui duplique la jaquette du livre, 75 Years Of Marvel est un magnifique livre relié pleine toile (de couleur rouge) avec une double impression en relief reprenant le titre de l’ouvrage sur le front et une image de Spider-Man sur la tranche.

 

 

 

 

Le découpage du livre se présente différemment de celui de DC, ce dernier répertoriant différents âges (bronze age, dark age, etc.), privilégiant les différentes incarnations de Marvel (Timely, Atlas) et se voulant radicalement plus concerné par le passé que par le présent. En effet, les trente dernières années (1985-2014) sont pratiquement ignorées par l’auteur et tiennent sur une pauvre cinquantaine de pages. Un choix discutable quand on compte le nombre de répétitions parfois inutiles sur les chapitres précédents, mais j’y viendrai au cas par cas.

Goodman’s Golden Age (Timely Comics 1939-1950)

Prenant une centaine de pages pour nous narrer la fascinante carrière de l’éditeur Martin Goodman, père fondateur de Marvel, Roy Thomas nous embarque dans un trip fascinant au cœur des années 40, époque charnière où les pulps (magazines d’aventures écrites) voient arriver une nouvelle concurrence nommée comics-books. On y trouve toutes sortes de genres, beaucoup de personnages pour les enfants, passablement d’aventuriers, d’explorateurs, de cow-boys et de policiers, ainsi qu’une nouvelle sorte de caractères, des justiciers. Les premiers héros sont The Human Torch de Carl Burgos, The Sub-Mariner de Bill Everett, ainsi que le Captain America de Joe Simon et Jack Kirby. La deuxième guerre mondiale va en faire des icônes pour toute une génération, participant à l’effort de guerre au travers de récits sentant bon la propagande. Mais cela ne va pas durer.

It’s Always Darkest Before The Dawn (Atlas Comics 1950-1961)

Avec la fin de la guerre, les super-héros sont devenus quelque peu obsolètes, remplacés par les nouveaux phénomènes de l’époque. Le fantastique, la science-fiction et l’horreur ont subitement fait surface avec l’aide du cinéma de genre et tout le monde semble chercher des réponses au travers des ces histoires mettant en scène des extra-terrestres belliqueux, des fantômes vengeurs et des créatures millénaires. On retrouve déjà quelques noms fameux dans ces récits, Jack Kirby, Steve Ditko et Don Heck, futurs stars de la prochaine décennie. Le crime devient également un genre à part entière, surtout quand il est bien sordide, ce qui va provoquer pas mal de polémiques, ainsi que la fin de EC Comics, victime d’un sursaut hypocrite de pudeur de la part d’une nation manipulée par des psychologues de bazar. Par opposition, le médium voit fleurir des comics romantiques avec des histoires à l’eau de rose. Même les comics de western et de guerre se portent mieux que les super-héros, pratiquement éradiqués de cette décennie.

 

 

 

 

The World Would Never Be the Same Again (The First Wave 1961-1964)

Pour résumer, Stan Lee et Jack Kirby, aidés de quelques autres (Ditko, Heck, Everett, Wood, etc.) créent toute la ménagerie que nous connaissons aujourd’hui et c’est juste énorme. En trois ans, tout est là ou presque. C’est par là qu’il faut commencer pour avoir une vue d’ensemble de Marvel. Tout ce qui s’est fait durant ces trois années se doit d’être lu et relu et préservé à tout jamais.

Make Mine Marvel! (The Marvel Universe 1964-1970)

Les années qui suivent représentent la consolidation de tout ce qui s’est fait auparavant. Marvel via Stan Lee se rapproche de son lectorat au travers des pages courrier, de son fan club et des premières adaptations de ses séries en dessins-animés qui envahissent les écrans de télévision américains. De nouveaux artistes font surface pour assurer la suite de l’aventure Marvel, ce sont Neal Adams (X-Men), Barry Windsor Smith (Conan The Barbarian), Herb Trimpe (Hulk), John Buscema (Spider-Man, Avengers), Jim Steranko (Nick Fury, Captain America) ou encore Gene Colan (Daredevil, Iron Man). Roy Thomas tache de leur apporter la même importance mais il est quelque peu empêché dans son effort par le choix des illustrations de plus en plus malheureux à illustrer ses propos. C’est toujours le souci avec ce genre de livre somme, quoi mettre en avant ou pas. Et, malheureusement, passablement d’images auraient mérités de passer en pleine pages à la place d’autres qui auraient pu se contenter de rester de simples vignettes. Autre souci, la représentation de Spider-Man, mascotte de l’éditeur New-Yorkais que ce soit sous forme de couvertures ou de cases diverses, est beaucoup trop importante et nuit à d’autres titres importants mais à peine représentés ici.

 

 

 

 

Marvel Phase Two (Dawn Of The Bronze Age 1970-1975)

Les années 70 représentent bien les nouvelles orientations de Marvel, orientées vers l’heroic fantasy (Conan The Barbarian, Red Sonja), l’horreur (Man-Thing, Tower Of Shadows) la blackspoitation (Luke Cage) et les arts martiaux (Iron Fist, Master Of Kung Fu) sans oublier la science-fiction (Killraven, Deathlok) et la critique sociale, magistralement mise en valeur sous les traits de Howard The Duck. Dommage qu’une fois de plus le choix des illustrations pour mettre en valeur cette époque de changements laisse clairement à désirer.

No More Mister Nice Guy (The New Subversives 1975-1985)

Entre le retour de Jack  »King » Kirby (Devil Dinosaur, Eternals, 2001: A Space Odyssey, Machine Man, etc.) et les premières adaptations télé live pour le moins déconcertantes (Hulk et Spider-Man en séries, Captain America en téléfilm), Marvel réussit à décrocher la licence Star Wars qui va s’avérer extrêmement lucrative jusqu’à la fin des années 80, avant de la laisser filer à Dark Horse durant 23 ans, la récupérant au premier janvier 2015. Jim Starlin (Warlock), Michael Golden (Micronauts),John Byrne (X-Men), John Romita Jr (Iron Man), Paul Smith (X-Men), Sal Buscema (Hulk), Bill Sienckiewicz (Moon Knight, New Mutants), Frank Miller (Daredevil) ou encore Walter Simonson (Thor) sont parmi les dessinateurs les plus en vues de ces années d’évolution qui font gentiment basculer l’univers Marvel dans ses années les plus dark.

 

 

 

 

From Marvelution to Marvel Now! (Marvel’s Modern Age 1985-2014)

Coïncidant peut-être avec le fait que Roy Thomas (74 ans au compteur quand même) n’était plus aussi impliqué dans l’évolution de Marvel durant les années 80, ce dernier chapitre, qui s’étale quand même sur quatre décennies, ne comporte qu’une misérable cinquantaine de pages!!! Honnêtement, ce choix de la part de Roy Thomas est le plus grand point faible de ce livre, surtout quand on voit la manière dont il s’est étendu plus tôt sur le golden age et sa poignée de titres, les pages entières dévouées à Steranko ou à Howard the Duck et toutes ces putains de couvertures de Spider-Man inutiles qui parsèment le bouquin. Franchement, on aurait facilement pu enlever une centaine de pages afin de les garder pour cette dernière partie où il y avait tant de choses à dire. La prolifération des titres X, l’arrivée d’artistes générationnels qui allaient finir par tous se casser pour fonder Image Comics, le boum puis le crash des années 90, la proliférations des éditions spéciales gadgets, l’avènement des trade paperbacks, du merchandising à tout va, les labels Marvel Knight, Max, Icon, la création de The Sentry, Deadpool et quelques autres, les crossovers événementiels, les variant covers, le reboot Marvel Now! Sans oublier les petites guéguerres internes et les problèmes financiers de Marvel qui ne sont pratiquement jamais évoqués dans ce livre. Même le cinematic universe aurait mérité une plus grande place. Tout cela ne se trouve pas dans le livre de Thomas et c’est vraiment dommage car il en résulte un déséquilibre pour le moins impossible à cacher.

Au final, le poster dépliant bonus de 120 cm racontant chronologiquement les grands moments de Marvel s’avère presque plus intéressant que l’entierté du livre de Thomas. C’est un peu méchant mais la frustration laissée après ces heures de lecture est à la hauteur du travail accompli par ce dernier. On attend donc un complément avec impatience. Peut-être pour les versions light qui sortiront séparément dans deux ans…

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