INTERVIEW EXCLUSIVE DE INDOCHINE

 

Afin de lancer le dvd de  »Putain de Stade », enregistré à Paris l’été dernier, la bande à Nicola Sirkis était de passage pour en parler. Mais avant l’interview, c’était au cinéma que nous avions rendez-vous avec deux-cent fans déchaînés pour la vision du concert sur écran géant. Présentée par un animateur débile d’une radio locale, la soirée commença par une belle surprise pour l’assistance, Nicola Sirkis, Marc Elliard et Oli de Sat venant nous dire bonjour avant la projection. Inutile de dire que le public manifesta bruyamment son contentement.  Répondant timidement aux questions maladroites de l’animateur, Nicola essaya plutôt de s’adresser directement au public afin de lui présenter l’évênement, puis le groupe s’en alla avec la promesse de revenir à la fin pour une séance de dédicace.  Dès les lumières éteintes, les premières images nous mettent d’entrée dans l’ambiance, une musique bien connue illustrant des images d’hélicoptère passant au dessus du périphérique et de la ville de Paris avant de s’arrêter au dessus du Stade de France. Mais je reviendrai bientôt sur ce dvd en long et en large lors d’une prochaine chronique. Au bout d’une heure de concert, je dois hélas quitter la salle pour me rendre aux bureaux de Sony Music pour interviewer Oli et Marc. M’installant bientôt dans un bureau innocupé, j’attends l’arrivée des musiciens, sortant mon dictaphone et un exemplaire de Daily Rock. Pas de liste de questions cette fois, je connais le sujet par coeur. Indochine, c’est un peu l’histoire de ma vie, un flirt sans fin en quelque somme. Oli et Marc arrivent enfin, l’interview peut commencer. 

 

Comment on se prépare à un concert comme celui du Stade de France?

Oli: Ça se prépare à l’avance. Le concert avait été annoncé avant l’album, en même temps que la tournée. Nicolas s’est occupé de préparer le coté technique, les écrans. On a répété dans un immense hangar pour s’habituer aux distances de la scène.

On a l’impression qu’avec cette tournée, vous avez réussi à calmer vos détracteurs, non?

C’est toujours un peu des opportunistes qui voient le truc monter et qui finissent pas changer d’avis. Si t’as pas aimé Indochine pendant 20 ans, tu vas pas l’aimer à la 22ème année. Indochine reste Indochine même s’il y a eu beaucoup d’évolution musicale.  »Paradise » on pensait que c’était un accident et il s’est avéré que pas du tout.

C’était quand même un accident car je me souviens que  »J’ai Demandé à la Lune » était la face b de  »Punker ».

Absolument, ce qui ne serait plus possible aujourd’hui. Même  »Paradise » ne passerait pas, la maison de disques à l’époque ne voulait pas défendre l’album si on continuait dans cette veine rock. On avait cette image electro pop à l’époque qui ne cadrait pas du tout avec  »Paradise ».

Les stations de radio en France sont d’ailleurs un sacré problème pour la diffusion du rock.

En Suisse vous avez une scène underground avec des radios qui passent les groupes. Nous on a des radios qui sont prétendument rock et qui ne passent que des dinosaures. Même Le Mouv a changé de programmation et c’est vraiment plus du tout rock. Chez vous on a entendu le nouveau White Lies en arrivant.

Marc, tu es dans le groupe depuis 1992, Oli depuis 1998, le tiers de vos vies dans Indochine presque…

(rires) Marc: Oula… moi je calcule pas…

Oli: Mais oui… putain c’est vrai! (rire)

Marc: En ce qui me concerne je trouve ça hallucinant car je suis arrivé quand le groupe remontait et je trouvais extraordinaire de constater que les gens adhéraient complètement à ce qui se passait. Avec Magma, je venais du jazz rock fusion comme on appelait ça à l’époque et Indochine aurait pu être une expérience très courte, genre bon maintenant je vais passer à autre chose, et c’est vrai que c’est un peu comme un virus. Je comprends les gens qui suivent le groupe depuis le début et aussi ceux qui l’ont découvert avec  »Paradise » pour x raisons, les chansons ont changé ainsi que l’intensité des concerts, et je me dis que c’est quand même hallucinant. Après voilà, ça fait dis-huit ans et je suis encore là. Alors intègre bien sûr, mais j’en ai vu passer.

Oli: Des redoublements de personnel! (rire)

Marc: Mais avant d’en arriver au Stade de France, je souhaite déjà aux musiciens qui jouent dans des groupes d’avoir cette sensation là sur scène, parce que c’est complètement dingue.

Je sais qu’il n’y a pas vraiment d’équivalent au niveau de votre public

Oli: Venant de nous ça peut paraître prétentieux mais moi je vais à beaucoup de concerts et, étant de l’autre côté de la barrière, je me dis que le public est mou. Pourtant je vais voir des trucs qui bastonnent comme Nine Inch Nails mais c’est pas comparable. Indochine a un public incroyable.

On a l’impression que Indochine ne donne jamais ce que le public veut mais plutôt ce dont il a besoin.

Oli: Déjà ça mais surtout Nicolas, au niveau de ses paroles, ne pense jamais à ce que les fans pourraient penser. Quand à nous tous, au moment de l’écriture des chansons, on se fout complètement de ce qui va plaire au public, c’est pas du tout notre but. C’est ce qui fait que chacun peut en tirer ce qu’il veut, rien n’est calé sur un objectif précis.

Marc: C’est ce qui fait que chacun est capable d’y trouver son compte, même si sur dix fans il ne va pas y avoir la même sorte d’émotion, il y aura des différences. Il n’y a qu’en concert que c’est la communion totale.

Oli: La seule ligne conductrice c’est que Indochine n’a jamais sortit un album qui ne lui plaisait pas, ni fait appel à des producteurs qui ne lui convenait pas. C’est pas comme Johnny Hallyday qui va aller piocher pour avoir le gars qui a vendu le plus de disques l’année dernière. On est restés intègres là-dessus. A partir du moment ou tu gardes une certaine logique, même inconsciemment, ton public finit par le percevoir.

Que diriez vous à une personne qui a raté votre concert au Stade de France alors qu’elle avait les tickets?

Oli: T’as tout raté. (rires) Mais si on a bien fait notre travail tu devrais retrouver a peu près 80% de ce que tu as raté dans le dvd.

C’est un peu déprimant cette sensation que les images du concert peuvent procurer.

Oli: C’est surprenant car quand on a mixé l’album avec les images, il y a des gens de la maison de disques qui sont passés dont une fille qui est resté deux minutes et elle a eu les larmes aux yeux à cause de l’intensité du concert.

Là en ce moment pendant qu’on parle, le concert passe au cinéma, les gens sont debout dans la salle. Ils tapent des mains et dansent dans les coursives.

Oli: Le problème c’est que pour beaucoup le son est pas assez fort dans les salles. On a mit à fond mais on peut pas plus. A Paris, ils étaient tous debout depuis les premières mesures. Les mecs des salles nous détestent là.

L’image est super belle, on dirait une superproduction, le son est d’enfer, l’intro est juste apocalyptique…

Oli: On a fini ça il y a même pas un mois. Ça devait sortir pour Noël mais on était pas content de nous et du premier montage alors on a tout retravaillé. On y trouve aussi un documentaire, les films projetés en fonds de scènes ainsi que deux trois bonus cachés.

Est-ce qu’on peut parler du futur d’Indochine?

Oli: On peut pas dire qu’on repars sur un nouvel album alors que la tournée vient de s’arrêter. C’est vrai que je me souviens que quand j’étais fan Nicolas disait qu’à quarante ans il ferait plus que des livres et là il en a bientôt 52.

Marc: C’est une addiction.

Oli: Nicolas ça dure depuis le début, nous on est arrivés en court de route donc ce sera toujours forcément moindre que lui, mais comme tu dit, Marco quand il a intégré le groupe, il pensait pas y rester vingt ans et moi ça fait déjà douze ans. Avec Indochine c’est très dense en fait. J’ai rien vu passer, tout s’enchaîne. L’avenir pour l’instant c’est quelques mois où tout le monde va se retrouver chez lui à se ressourcer, à se reposer.

Vous anticipez comment ces petits concerts du Meteor Club Tour?

Marc: C’est comme si on avait prit un gros acide et après pour redescendre on est obligés de fumer des pétards, tu sais c’est pareil. On a touché un truc monstrueux et c’est bien de revenir un peu à des choses… par terre-à-terre mais peut-être un peu plus intimes quoi, même si le Stade de France reste un truc vraiment agréable. Là on va aller un peu plus près des gens avec des salles de plus petites capacités.

C’est quoi exactement votre configuration club?

Oli: Tout le monde me demande si c’est acoustique, non non c’est un concert rock, il n’y aura pas d’écrans, juste nous sur scène, histoire de montrer que même après un stade on peut proposer quelque chose de différent.

Vos tournées sont toujours très éprouvantes, tout cet amour qui est dirigé sur vous et que vous prenez en pleine face, vous le gérez comment?

Oli: C’est un peu inquiétant quand tu vois l’importance que les gens donnent à indochine.

Marc: Ça peut prendre des proportions inquiétantes mais s’il n’y avait pas ça eh bien ça n’existerait pas.

Oli: Je ne comprends pas les gens qui viennent me dire que je les aide à vivre, et heureusement, car si je le comprenais ça voudrait dire qu’il y a une logique mathématique et l’art ne peut pas être mathématique. Les sensations que tu ressens face à un tableau ou une musique c’est quelque chose de totalement abstrait et il y a une sensation par personne sur Terre. Ça fait douze ans que je fais ça et je comprends toujours pas qu’il y a des gens qui font deux heures et demie de transports juste pour me voir et me faire signer un truc avant de repartir.

Vous vous voyez comme des amis ou comme des partenaires musicaux?

Oli: On a beaucoup de chance du fait qu’on est pas tous du groupe originel donc du coup en tournée on s’entend tous très bien.

Marc: il n’y a jamais de problème.

Oli: Chacun amène quelque chose au groupe, que ce soit musical ou personnel. Je commence à bien connaître Marco et tous les autres membres du groupe, si on est encore là tous c’est pas pour rien.

Si quelqu’un partait maintenant, ce serait considéré comme une trahison?

Marc: Oui c’est possible mais en même temps personne n’est irremplaçable, bien que dans la position de Nicolas, s’il se passe quelque chose et qu’il n’y a plus de chanteur d’indochine, ben voilà… Après les autres, ça regarde chacun mais on n’est pas les pieds et poings liés.

Oli: On s’entend très bien. Au Stade de France moi la première chose qui m’a surprit en réécoutant les bandes c’est qu’on a tous fait un très bon concert. Les premiers morceaux sont assez tendus mais plus ça va plus ça coule.

On a beaucoup parlé de la setlist du concert…

Oli: Là les fans se sont fait un petit film par rapport au Stade de France, ils ont peut-être voulu que ce soit leur concert et sublimé le tout. Nous c’était juste un concert qui faisait partie du Meteor Tour et pas un concert avec des feux d’artifices et trente-six mille invités.

Six mois plus tard, vous êtes redescendus? Je me souviens que Boris disait du concert du 3.6.3 qu’il n’avait pas comprit ce qui s’était passé.

Oli: C’est vrai que Bercy nous a plus marqués au niveau du stress que ce Stade de France. Peut-être que c’était cet instant charnière entre la sous-médiatisation du groupe et tout d’un coup le switch. Avant de monter sur scène, on s’est tous regardés en se disant: Putain, on fait Bercy! A l’époque personne le faisait. Et tout le monde l’a fait après.

Avez-vous le sentiment d’être plus compris sur scène que sur vos albums?

Marc: Moi en ce qui me concerne, par rapport à la projection qu’on nous renvoie, on a toujours des morceaux qu’on préfère jouer. Pour le public c’est pareil, moi j’ai été surpris de voir des filles en pleurs et ça ne cessera jamais de m’étonner.

 

L’interview est terminée, il est temps de partir. Je quitte le bureau avec Oli et Marc, vais serrer la main à Nicola qui faisait des interviews dans un autre bureau. On discute un petit moment de Daily Rock, du Stade de France et de mes deux tickets que je n’ai pas utilisé, n’ayant pas eu les moyens de prendre le train pour me rendre à Paris avec ma fiancée. Il me demande du feu en sortant et je me retrouve comme un con à lui refuser sa requête, n’ayant pas de feu sur moi alors que je fume depuis 15 ans… Putain d’acte manqué mais bon. On descend ensemble les escaliers et je les quitte sur le trottoir pour retourner à la salle de cinéma et retrouver mon amie. J’arrive sur les dernières notes de  »L’Aventurier » en maudissant le timing et assiste à la fin du concert dans un état second. Putain de groupe, égal à eux-mêmes, des mecs normaux, humbles et attachants, comme leur musique. Le groupe revient sous les vivas du public et la séance de dédicace continue. Mon amie attendant depuis quinze minutes pour aller au petit coin, le service d’ordre ayant bloqué la sortie pour l’arrivée du groupe, on sort rapidement en évitant la queue monstrueuse, la quasi totalité de la salle ayant quelque chose à se faire dédicacer. Je quitte mon amie un peu plus loin en ville et remonte chez moi pour retrouver ma fiancée. Dès que j’arrive, je lui demande une clope et l’allume pour lui raconter cette soirée pas comme les autres.

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2 réflexions sur “INTERVIEW EXCLUSIVE DE INDOCHINE

  1. oui, un moment très étrange cette interview de mes héros. je vais probablement attendre pour acheter ce dvd, mais pas trop longtemps non plus. merci de me lire et de laisser de si gentils commentaires.

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  2. Merci Fran !

    Comme toujours, on a l’impression d’être à tes côtés dans tes textes. Magnifique.

    J’imagine la douleur de ta question « Que diriez vous à une personne qui a raté votre concert au Stade de France alors qu’elle avait les tickets? » … Visiblement le dvd a l’air surpuissant donc un petit palliatif à la déception 😉

    Indochine, à la vie, à la mort !

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