nada surf, l’interview exclusive en intégrale

N A D A   S U R F

 

 

Cinquième album pour le trio pop-rock américain à fleur de peaux et visiblement fier de ses nouvelles chansons, prêt à les défendre le soir même, mais pas avant une interview amicale et bilingue avec votre serviteur. Devant le dictaphone noir, Ira et Matthew, respectivement batteur et chanteur-guitariste.

 

 

 

 

 

Ira, qu’advient-il de toi lors de la  promo dans les pays francophones, sachant que Matthew et Daniel parlent français et pas toi ?

Ira : Je regarde le plafond et je m’ennuie ! (rires) Non. Déjà nous ne les faisons presque jamais à trois. Daniel par exemple était seul à la radio aujourd’hui. A la télé ce n’est pas la même chose, ça va vite, mais pour la presse cela  n’aurait pas de sens car nous dirions les trois la même chose. Je sais exactement ce que les deux autres pensent et je suis du même avis qu’eux.

 

Mais revenons à toi, le batteur, qui comme la plupart des batteurs est la personne la plus difficile à interviewer, inaccessible et gardant généralement son avis pour lui.

Je ne suis pas la personne la plus facile à interviewer et il n’y a pas tant de questions à poser en fin de compte. Je préfère répondre à des interviews d’amateurs ou de fanzines car je les sens plus concernés par le groupe ou sa musique, ce n’est pas juste pour remplir du papier (s’ensuit une digression sur sa moustache et celle de Nick Cave puis la présentation du dernier numéro de daily-rock qui semble le passionner vu qu’il en fera la promo appuyée à l’arrivée de Matthew quelques minutes plus tard, finissant par le feuilleter en long et en large durant l’interview).

 

Votre cinquième album s’appelle « Lucky », vous êtes là depuis douze ans déjà, comment vous sentez-vous en ce moment ? 

C’est dingue, ça parait presque impossible…

 

Nada Surf a été targeté d’office avec le tube « Popular » par  MTV. Quel étaient vos ambitions à cette époque, les mêmes qu’aujourd’hui ?

Je crois que nous avons toujours été le même groupe, nous n’avons pas vraiment changé en tant qu’individus. Tout ce que nous avons jamais désiré c’est que nous sommes maintenant, un groupe de rock indie. Etre sur une major était étrange, nous n’avons jamais discuté de notre image car c’étaient nos chansons, nos vidéos étaient notre image, nous on voulait juste faire de la musique. Nous sommes restés accrochés à cette chanson durant les deux premiers albums et tout a redémarré pour nous avec « Let Go », un nouveau départ pour le groupe, une sorte de renaissance.

 

« The Proximity Effect », votre deuxième album, était gorgé de tubes en puissance, chaque titre était un single potentiel

J’en suis très fier, je pense que c’est un très bon disque, mais la maison de disques n’était pas intéressée, ils n’y entendaient rien. (arrivée de Matthew)

 

On parlait du malentendu entre Nada Surf, MTV et votre maison de disques, Elektra à l’époque, qui ne comprenait pas ce que vous faisiez, ainsi que de vos objectifs du début en tant que groupe. Il me semble que la qualité d’écriture était déjà là mais qu’il fallait simplement que ça se mette en branle.

Matthew : Ouais, on avait les mêmes objectifs et je crois qu’ils n’ont pas changé. On voulait être sur un bon label indépendant  et monter doucement pour s’installer durablement. On s’est retrouvés dans un contexte un peu différent. Peut-être qu’on n’avait pas la conscience de faire notre truc ou même de trouver ce que c’était. On essayait de sonner comme Sonic Youth et Pavement.

 

On a sentit comme un boycott du groupe après le deuxième album, les clips ne passaient plus, les radios ne vous diffusaient plus…

Il y a eu trois années ou on n’avait pas de soutien. « The Proximity Effect » fut retiré des bacs deux mois après sa sortie parce qu’on était dans un milieu ou ils cherchaient le carton facile et garantit alors que nous, c’était un petit peu un accident, un joli mais un accident quand même.

 

C’est un peu ce qui est arrivé avec Radiohead (il acquiesce) Tu penses que c’est avec « Always love » que Nada Surf s’est débarrassé de l’étiquette one hit wonder band ?

Oui, à un certain niveau elle a eu plus de succès que « Popular », on peut le constater sur Itunes par exemple. Même si cette question de succès n’a jamais eu d’importance pour nous, et ça depuis le début.

Ira : Pour moi, nous avons dépassé le succès de « Popular » avec l’album « Let Go », c’est clairement ce qui nous a permit d’avancer et de ne plus nous préoccuper du passé. On savait qu’on faisait des trucs de qualité et que ça finirait par payer un jour ou l’autre, on n’en a jamais douté.

Matthew : Et puis quand tu vois que tous les musiciens que tu rencontres te respectent, tu sais que tu es sur la bonne voie, qu’importe le succès populaire.

 

Cet album est rempli de chansons bouleversantes, était-ce intentionnel de votre part ?

Matthew : Non… non,  c’est simplement… la manière dont j’écris en fait. C’est que… dans la vie personnelle je n’aime pas le drame, mais il y en a quand même, donc c’est une sorte d’exorcisme ou je me débarrasse… parce que je ne suis pas équipé pour me souvenir de ces choses-là. C’est ma manière de me donner la force de traverser ces expériences, de les rendre supportables.

 

En tout cas les critiques ne s’y sont pas trompées car elles ont été très élogieuses pour cet album.

Ira : Je n’ai pas été surpris. Le groupe tendait à ça, nous étions obligés de nous surpasser pour ne pas disparaître, faire un grand disque et montrer ce dont nous étions capables. Les retours ont été excellents et sans fausse modestie cela ne m’a pas surprit outre mesure. 

 

Les textes de « Lucky » semblent encore plus introspectifs et personnels, était-ce le bon moment après douze ans de Nada Surf pour se rapprocher autant de ses auditeurs ? Parce qu’en général c’est l’inverse, les groupes se referment sur eux-mêmes avec les années, ils se carapacent…

Matthew : Ah oui… Je ne sais pas… peut-être… C’est intéressant (il l’explique à Ira  en anglais).

Ira : Oui, j’aime ça, j’espère que c’est ce que nous faisons. En devenant plus âgé, on se met plus sur la défensive, ce qui est naturel, mais j’aime penser que nous ne rentrons pas dans ce schéma et que nous restons ouverts d’un point de vue émotionnel. Je n’arrive pas à trouver d’exemple là mais tu as probablement raison.

 

C’est une façon très folk de faire de la musique, non ?

C’est une façon très musicale. Il n’y a qu’une façon de faire de la musique, c’est d’être musical, aller direct dans les émotions et rester moderne car les émotions sont l’essence de la modernité. C’est pour cette raison je crois que les gens restent connectés avec les disques, car ça les touche directement ; d’un point de vue émotionnel, il n’y a pas plus efficace que la musique. Je ne m’étais jamais demandé avant ce qui faisait que les gens aimaient nos disques, mais je crois aujourd’hui que c’est parce qu’ils sont honnêtes et ne trichent pas avec les sentiments et les situations abordées au travers des chansons qui les composent.

 

Sur l’édition limitée de « Lucky » il y a un cd bonus avec quelques titres acoustiques, alors ma question stupide est la suivante : pouvons-nous espérer un de ces jours un album acoustique de Nada Surf ?

Ira : Ouais ! Eh bien… évidemment… tu sais…

Matthew : Nous ferons ça un jour c’est probable, pour l’instant on se contente d’en mettre une ou deux sur le singles parce que ce serait ennuyeux de concevoir tout un album comme ça.

Ira : Mais on peut le faire ! Et sans que ça soit ennuyeux ou tranquille.

Matthew : On pourrait effectivement le faire sans que ça soit forcément tranquille, ça pourrait même être énergique. Le fait de ne pas avoir d’amplificateur sur la batterie changerait déjà tout. Ca me plairait bien. Si on faisait un disque de cette façon, déjà ça ne sonnerait pas comme un « unplugged » mais ça serait une belle parenthèse.

 

Que pensez-vous du concept de VH1, « Storyteller » ou des artistes parlent de leurs chansons avant de les jouer en acoustique ?

J’aime beaucoup, celle avec Johnny Cash était fantastique. Mais en ce qui me concerne, je serai bien incapable de parler de mes chansons. Déjà dans les interviews, quand on me demande solennellement comment je vais ou comment je me sens, j’ai du mal à répondre…  et souvent l’interview part en sucette car la suite est téléphonée, on a rien à se dire si ce n’est la signification des paroles, le rock’ n’roll et tous ces trucs que je vis jour après jour sans vouloir à tout prix les analyser. Je fais comme si de rien n’était et j’attends que ça se termine. On m’a posé toutes les questions métaphysiques qu’il est possible de poser, on m’a demandé ce que voulait dire avec mes métaphores alors que le principe même des chansons rock  ou des chansons d’amour est de s’exprimer par métaphores. Parce que si tu ne les utilises pas, il ne te reste pas grand-chose à dire. Grosso modo, tu peux parler de sujets suivants : un garçon veut une fille, une fille veut un garçon. Un garçon quitte une fille, une fille quitte un garçon. Qui suis-je, qu’est-ce que je fais là ? Je suis fatigué, j’aimerai avoir plus d’énergie.  J’ai trop d’énergie, j’aimerai être plus calme. Avec ça, tu peux écrire toute les chansons qui existent !

 

Nada Surf ne serait pas un groupe crypté alors ?

Je fais en sorte que nous le soyons, c’est à ça que les métaphores servent, à  nous emporter dans un autre monde où on peut rêver ou être étrange, bref être différent. Car dans la vie, tout ce qu’on doit faire c’est bien manger, bien boire, s’entretenir physiquement, s’occuper de sa famille, travailler tous les jours… alors que nous avons tous des problèmes plus ou moins importants, des phobies, des maladies, des handicaps, des mauvaises nouvelles, des déceptions quotidiennes.

 

Etes-vous ennuyés par l’attention mal placée que certains journalistes, qui croient vous connaître, nourrissent à votre égard ?

Je sens tout de suite. Là, je te le dis, j’aime cette interview, je la sens bien, mais il y a effectivement des gens qui recherchent certaines réponses.

Ira : Tu te rappelles Matthew de cette méchante fille à Moscou  qui croyait savoir mieux  que nous ce que nous ressentions ?

Matthew : Ouais, ouais, ouais…

         « Popular » vous obsède, n’est-ce pas ?

         Non, c’est cool.

         Mais ça vous obsède d’êtres connus que pour ça ?

      –    On n’est pas connus que pour ça.

      –    Mais ça ne vous rend pas fou ?!

      –    Ok… (rires)

Le truc, c’est que comme je suis une personne ouverte, je me retrouve coincée parfois dans des discussions qui ne vont nulle part et parfois les gens ont une perception tellement personnelle d’une chanson ou d’une situation que je ne suis pas capable de les convaincre d’une autre lecture.

Ira : Il y a aussi le fait que certaines personnes ramènent tout à elles et que quand une chanson se rapproche de leurs préoccupations personnelles elles ont tendance à se convaincre qu’elle ne s’adresse qu’à elle alors que le principe même d’une chanson et de s’adresser au plus grand nombre et en tout cas pas à une seule personne.

 

Il y a plusieurs chansons positives dans « Lucky » et il m’a semblé qu’elles étaient plus joyeuses que précédemment…

Matthew : C’est jamais exprès…

Ira : On a toujours essayé de faire des chansons positives, même des chansons lentes et tristes, je pense à « Killian’s Red » notamment.

 

Mais ces nouvelles chansons sont plus directes, il n’y a pas de métaphores à l’intérieur, c’est juste frais et positif.

Matthew : C’est vrai, et pourtant on a toujours essayé de faire ça, c’est même la direction de base de tout ce que nous faisons… c’est une bonne chose. Toutes les émotions véhiculées par le rock me font du bien, quelles qu’elles soient. Même les genres un peu extrêmes comme le death métal ou la musique goth qui célèbrent le côté sombre de la vie me parlent à condition que cela soit fait avec honnêteté, comme dans le folk.

 

Vous aimez Bob Dylan ?

Ira : Yeah ! Je crois qu’on l’aime tous. Cette façon de nous révéler tous les détails du monde comme si nous étions en prison, ça n’appartient qu’à lui. Il a ce truc qui fait qu’on croit en lui sans douter. Et sans jamais parler de lui. Il a clairement inventé un style une façon de raconter des histoires et de parler aux gens, à travers la poésie et l’expression moderne. Il n’y a qu’à voir comment il a été copié par des gens comme Donovan par exemple, qui n’était qu’un perroquet, comme on le voit dans le film « Dont’Look Back », il n’a rien à dire, on le met dans une pièce avec Dylan et on l’oublie après cinq minutes, Dylan se moque de lui gentiment. (rires)

 

S’ensuit une discussion sur la nouvelle édition du film avec Ira puis Matthew, intrigué par la biographie des Manic Street Preachers dans le dernier daily Rock, me demande quel album il doit acheter. On finit par parler de la disparition de Richey James et je les quitte enfin, les laissant se préparer pour le concert de ce soir au Métropole de Lausanne. Une belle rencontre, mais dieu que mon anglais était atroce…

  

 

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