FAVEZ, L’INTERVIEW DE CHRIS WICKY

 

 

 

Revenus d’une crise existentielle qui a bien faillit les anéantir à tout jamais, les Favez se sont réinventés de la plus belle des manières, réussissant la synthèse parfaite de leur musique, de leur vécu et de leurs rêves adolescents confrontés à la réalité d’un groupe de rock plus que trentenaire. Le résultat : « Bigger Mountains Higher Flags », un sixième album miraculeux bardé de classiques instantanés, certains drapés d’une mélancolie inédite. Mise au point avec un miraculé nommé Chris Wicky.

 

 

Ce qui m’a interpellé en premier, c’est ton texte sur le site officiel et le myspace du groupe; on a vraiment l’impression d’avoir affaire à un groupe qui ne  devrait plus être là.

En gros, c’est un peu ce qui s’est passé à chaque fois depuis dix ans avec. A la fin de chaque tournée, on se remet en questions, on regarde où on en est, ce qu’on veut faire après. Il y a eu deux ou trois fois dans le passé où on s’est dit qu’on voudrait peut-être arrêter, on se donnait deux trois mois de pause pour voir… et ça repartait. Ce qu’on a vu, avec d’autres groupes avec lesquels on tournait, c’est qu’au bout d’un moment tu ne te poses même plus la question, tu fais ça juste pour ne pas aller bosser au MacDo ou parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. Tu n’as pas de besoin de le faire en soi, mais l’idée c’est quand même de savoir si tu as envie de le faire ou de passer à autre chose.

 

Du fait que vous avez tous des jobs à côté, vous ne vivez pas de votre musique par choix ou par défaut ?

Nous, en 2001 à peu près, on était distribués dans le monde, on avait assez de demandes pour faire 300 dates par année, ce qui voulait dire rester sur la route et être un groupe professionnel. On a tous décidé qu’on ne voulait pas ça, parce qu’on a vu ce que ça faisait à des petits groupes… ça te tue personnellement et ça te tue artistiquement, à tout jamais. Quand tu rentres dans un studio pour enregistrer un album et que tu sais qu’il doit ressembler au précédent qui a vendu, pour pouvoir vendre, tu ne peux jamais te réinventer. On n’a pas l’ambition de devenir U2, ce n’est pas ce qu’on a envie de faire. Quand tu as 18 ans et puis après 35, c’est évident que tu ne fais pas la même chose.

 

La preuve en est l’arrivée de deux nouveaux membres : Maude et Jeff, Favez se retrouvant désormais à six…

Ca faisait longtemps qu’on voulait rajouter de l’orgue Hammond et éventuellement du piano, mais à chaque fois on ne pouvait pas car on ne savait pas trop comment faire, de par la construction des morceaux sur une base de guitare, pour étoffer nos morceaux. Pour Jeff (chanteur guitariste de To The Vanishing Point), ça s’est fait naturellement, on le connaissait depuis longtemps et on l’a tanné pour qu’il vienne. Quand à Maude, qui joue du clavier dans Toboggan, c’est partit d’une blague de ma part disant que si on devait avoir un clavier, vu déjà la tension qu’il y avait, ce serai clairement pas une fille pour en plus rajouter de la tension sexuelle ! (rire) Maude était consternée, mais elle n’a rien dit. Et puis, deux ou trois jours plus tard, elle est revenue en criant : « Oui mais c’est quoi cette histoire de pas prendre de fille ?! C’est quoi votre problème ?! » (rires)  Et du coup elle nous a rejoint. Voilà, on collabore avec des gens avec qui on est potes. On n’a pas un niveau technique assez important pour avoir à embaucher absolument un virtuose. Maude, à l’orgue Hammond, est là pour faire des nappes, et c’est parfait. Quand à Jeff, c’est un technicien hallucinant. D’entrée, il arrive avec des idées pour les morceaux et on se dit : »Wow ! »

Ca donne une couleur impressionnante à l’album, ça sonne comme jamais. Je ne dis pas que ça sonne mieux mais plus riche. C’était le but en somme ?

Complètement. On est ultra collaboratif. Une chanson, on la compose généralement à deux, puis chacun y contribue à sa façon et à la fin on regarde ce qui sort. Incorporer d’autres membres tombait sous le sens, ça a directement prit dès la première répète. On avait commencé notre remise en questions en essayant de faire un truc à quatre, mais sans la basse. Donc Yvan s’était mis à l’orgue, la basse au pied, mais ça ne marchait pas. On a quand même tourné 3-4 mois comme ça et à la fin on jouait moins bien qu’au début. Une fois les deux nouveaux arrivés, ça fonctionnait sans problème.

 

Avant de parler de l’album, il y a ces trois pochettes dont il m’a semblé voir une thématique derrière. C’est peut-être juste moi mais ces couleurs… le vert, c’est l’espoir… le bleu, le côté mélancolique, le noir ben voilà, le côté dark de Favez.

Oui peut-être. Je ne l’avais pas vu comme ça mais c’est une bonne interprétation (rire). En effet, les mecs qui ont fait la pochette, les Happypets, ont crée ce logo car ils pensaient qu’on ressemblait à une vieille équipe de baseball, ce qui allait bien avec le groupe, mais quand on est arrivés, ils avaient trois couleurs à choix et on n’arrivait pas à se décider. Et en fait, elle est assez bien ta théorie, elles collent les trois à certains morceaux de l’album.

 

Au niveau des ambiances, pour ne pas dire références, le premier morceau, « The Higways Are Deserted » me fait penser à Helldorado et il y a toujours les influences de Springsteen ou Tom Petty que tu aimes bien, mais, plus étonnant, j’entends aussi un peu de Nada Surf et de Weezer, respectivement sur « She Wakes Up Every Night » et « Naked And Gasolined ».

Oui. Nous, ça nous dérange pas du tout qu’on nous compare à d’autres groupes, parce qu’il est ridicule et illusoire de croire que tu fais de la musique sans influences. Historiquement, c’est génial qu’un groupe puisse donner quelque chose au suivant, c’est ça qui fait que le rock est intéressant par rapport à une musique non documentée. Nos morceaux ont toujours des noms de groupes quand on les compose, le premier c’est le Springsteen, un autre c’est le Tom Petty, il y en a un qui s’appelle le Muse ou encore le Pink Floyd.

 

Ce qui est plus étonnant, je pense pour la première fois dans un de vos albums, c’est qu’on trouve des influences qui sont plus jeunes que vous et qui rendent l’album plus fun.

(rire) Ce qui est cool quand tu composes à plusieurs, ce que si tu en as un qui est de bonne humeur et que les autres sont un peu down, celui qui est de bonne va les tirer en haut et faire quelque chose de différent. Et du coup avec cette nouvelle dynamique à six, on a fait quelques morceaux pop sympas parce que tout le monde était de bonne humeur !

 

Ca contrebalance avec des morceaux assez sombres, genre « We Used To Fight A Lot » ou « The Goodbye Song » avec son intro qui ressemble à une mort cérébrale.

(ricanement) Il n’y avait que notre producteur et Jeff qui étaient là, le titre faisait déjà sept minutes et on l’a étiré à huit, ils étaient en train d’essayer de régler un truc sur un son qui se prolongeait depuis un moment et les deux étaient là : « Ouais !!! Voilà notre intro…»

 

 

Greg Wales donc, puisque tu l’évoques, renommé producteur australien que vous avez pratiquement  tiré de sa semi-retraite ?

On avait déjà mis son nom sur des listes de producteurs et on l’a contacté pour voir, mais il nous a dit qu’il ne faisait plus d’album studio, seulement des live pour la radio australienne. On a un peu parlé rock et il a fini par accepter d’écouter ce qu’on avait déjà. Et puis il nous en a demandé d’autres en nous disant qu’il était très tenté, et à chaque fois qu’on lui en envoyait, il nous répondait que ça le faisait complètement et qu’il voulait vraiment travailler avec nous. La dernière c’était « She Wakes Up… » Mais il avait déjà dit oui depuis.

 

Ta voix est plus appliquée sur cet album, elle n’accompagne plus les instruments, elle les porte et surélève le tout, comment cela s’est passé ?

C’est clairement de la production. On n’avait pas tellement le temps de s’attarder là-dessus avant à part quelques remarques ici et là selon le temps qu’on avait. Mais avec Greg, j’ai vraiment dû chanter. Car pour les anglo-saxons, la voix est vraiment très importante, c’est non seulement un instrument mais aussi un moyen de véhiculer des paroles et ils sont d’abord attirés par ça. Genre à deux heures du mat, alors qu’on enregistrait les voix depuis huit heures et qu’on était sur des backing vocals complètement insignifiants, il me dit de mettre un peu plus d’impact sur ce mot-là et moi : « Mais non, on ne va pas l’entendre ! » et lui : « Si si, c’est super important, c’est le truc le plus important du monde ! » Et du coup, il m’à forcé à chanter, vraiment.

 

De Stickman à Gentlemen Music, comment s’est fait ce somme toute logique changement de label ?

En quatre minutes. (rire)

 

Favez un jour aux Docks ?

Pour des questions éthiques toujours pas. 

 

http://www.favez.com/

 

http://www.myspace.com/favez

 

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Une réflexion sur “FAVEZ, L’INTERVIEW DE CHRIS WICKY

  1. Coucou ma belle
    De passage pour te souhaiter une tres belle semaine…
    Ici c’est un peu tristounet avec le retour du mauvais temps…
    Bisous
    Qixxx

    J'aime

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