laibach live au fris-son fribourg

Laibach, plus de vingt ans d’une carrière magistrale de rigueur et d’opiniâtreté dans le propos et pourtant toujours le groupe le plus controversé à l’échelle planétaire, controversé car aussi respecté et admiré par les uns que détesté et méprisé par les autres. Mais pourquoi tant de haine? L’ignorance et un manque de second degré y sont pour beaucoup, surtout qu’il est difficile de se pencher sur le cas de quelque chose que l’on ne comprend pas, alors il est plus simple de le condamner sans autre forme de jugement. Laibach est une entité complexe et il ne suffit pas d’écouter ses disques pour comprendre, il faut également se pencher sur le discours, sur l’ironie et, surtout, sur les idées révolutionnaires et humaines de la formation slovène. Il suffit de voir l’exemple de Rammstein, considéré comme des nazis, voir des homosexuels à leurs débuts, ce qui est bien la preuve de l’ignorance crasse de leurs détracteurs, mélangeant dans une même attaque ce qui ne peut être mélangé. L’image et le texte prêtent à toute les interprétations, surtout quand on y mélange la religion, la geo-politique et un discours revendicateur, mâtiné de rythmes industrielles et de sonorités totalitaires qui rappellent le fascisme et les musiques militaires qui vont avec. Facile ensuite pour les donneurs de leçons d’attaquer en se basant sur la surface alors que la vérité est ailleurs. Laibach en est conscient depuis ses débuts et la sortie l’année dernière de l’album « Volk » est est la preuve. Habitués à reprendre les plus grands tubes pop pour en faire d’écrasantes machines de guerre, l’idée de se réapproprier une quinzaine d’hymnes nationaux (les parfaites pop song du peuple selon son leader) tombait sous le sens pour une petite leçon d’histoire. C’est donc dans cette attente que nous nous sommes rendus au fri-son ce dimanche soir, pas seulement pour assister à un concert de Laibach, mais pour constater de la pertinence de leur démarche après tant d’années à pointer les dysfonctionnements de notre monde et en tirer une musique aussi puissante, tant au niveau de son interprétation qu’au niveau des émotions diverses qu’elle arrive si souvent à dégager. Arrivés dans la salle et après avoir déposé une pile de daily-rock à l’entrée, nous sommes accueillis par une musique militaire rythmée et grandiose. Pas mal de goths sont venus pour l’occasion, des métaleux aussi, mais pas que ça, de loin pas. Petit arrêt au stand merchandising pour acheter deux badges en métal et constater que nos révolutionnaires indus sont aussi des capitalistes convaincus. En effet, de la ceinture à la boite de préservatifs Laibach en passant par les habituels tee-shirts, posters, cds, dvds, il ne manque rien pour vivre au diapason du groupe, et surtout pas la demande de passeport du NSK (Neue Slowenische Kunst), l’état virtuel crée en 1984 et œuvrant entre l’idéologie et l’art à tous ses niveaux (architecture, philosophie, théâtre, peinture, musique, cinéma, etc.). Toutes ces choses qui dépassent ceux qui ne connaissent pas le groupe. Et puis la musique s’arrête et la lumière s’éteint. enfin. On se rapproche de la salle pour découvrir les projecteurs en haut de deux tours au milieu de la scène. Au fond, deux écrans géants qui n’en feront bientôt plus qu’un. Et les premières images arrivent, des images en noir et blanc qui accueillent les musiciens de Laibach, puis son charismatique leader. Ce soir, nous aurons la quasi intégralité de « Volk », dont le fameux hymne du NSK revisité par ses propres créateurs. D’entrée cette voix incroyable, si grave, si caverneuse, nous prend aux tripes et nous embarque autour du monde pour un voyage aux milles couleurs. L’hymne américain résonne comme jamais, douloureux et pourtant rempli d’une puissance lyrique sans égal. Le français est complètement déstructuré et à l’image de ses paroles barbares, des guillotines venant marque le rythme. L’hymne espagnol, bien que plus respecté, n’échappe pas à son texte et à ses coutumes, des taureaux de corridas apparaissant après une pluie d’épées. La grandeur de l’hymne russe, lui, atteint son paroxysme tandis qu’un kaléidoscope de croix tourbillonne sur les écrans. L’hymne italien est accompagné d’images de « La Dolce Vita » et de « Salome ». Sublime. Détail qui tue, à chaque fois, les drapeaux des pays, sortis de leur contexte national pour devenir des images artistiques, se voient ornés du logo en v de Laibach, ce logo devenant partie intégrante du drapeau. La chorégraphie en 3D est magistrale et nos yeux sont aux anges, tandis que la silhouette monolithique du chanteur vient nous rappeler la signification première des paroles chantées, ces hymnes qui rassemblent des peuples de confessions différentes au sein d’une même communauté, d’une même identité, que ce soit lors de cérémonies sportives ou de commémorations nationales. Oui, les parfaites pop songs de l’humanité. Et puis arrive « Yisra’el », le coup de maître de « Volk » qui mélange les hymnes israéliens et palestiniens en un seul, deux pays en guerre n’en faisant qu’un, tel est le message de Laibach. Le groupe termine sa prestation dans un tonnerre d’applaudissements, bien que le public soit d’une rigueur rare ce soir, plus attentif que passionné. Mais les choses vont quelque peu changer lors de la seconde partie du show avec l’arrivée sur scène des Laibachettes, deux percussionnistes aussi belles que froides avec leurs couettes et leurs tenues de cuir. Le concert prend une nouvelle ampleur et l’attentat sonore devient enfin réalité plus d’une demi heure durant. Tandis qu’une bande annonce se déroule dans les deux sens sur les écrans géants, le concert se termine sur « Life Is Life » et le salut à la foule, véritablement grandiose de simplicité et d’humanisme de la part de ces gens que certains surnomment les ogres slovènes. Des sourires pareils et un tel bonheur affiché d’avoir joué pour nous ce soir, ça ne peut pas être feint et nous l’avons bien vu de nos yeux. Ce soir, Laibach a été grand. et il le restera.

http://www.laibach.org/

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