RENCONTRE AVEC LA MORT PRES DE DRESDE, UNE COURTE NOUVELLE

 

 

La route était sombre, les arbres de part et d’autre jetaient leurs ombres lugubres sur le mini-van, seulement éclairé par une lune blafarde. Brian conduisait lentement, l’état de la petite route laissant à désirer, et les phares n’éclairaient pas bien loin. De plus, les suspensions lançaient des plaintes stridentes, n’augurant rien de bon quant à l’avenir du véhicule. Amanda, à moitié endormie, invectiva son complice :

– Brian, tu es sûr que tu as pris le bon chemin ? Ca fait des heures qu’on aurait dû être arrivés à ce concert…

Ce dernier, commençant lui aussi à s’endormir, lui répondit :

– Je sais… ce n’est pourtant pas la première fois que je vais à Seattle, mais je crois que les déviations de tout à l’heure nous ont fait faire un grand détour, car je n’ai pas encore rejoint la route qui nous mène au pont flotant de Evergreen Point.

– Il faudrait appeler les gens du musée, tu ne crois pas? Et puis aussi…

– Amanda…

– leur dire qu’on aura du re…

– Amanda!

Une lueur blanche perça la nuit et recouvrit tout. Le silence qui suivit dura une éternité. la route avait disparue. A la place, un immense chapiteau de cirque se dressait au milieu de nulle-part à quelques mètres seulement devant le mini-van et ses deux occupants.

– Brian… murmura Amanda tout en se serrant contre son compagnon.

– On est morts tu crois? demanda ce dernier en clignant des yeux pour la premièrte fois depuis l’incident.

– Sais pas, répondit Amanda, grimaçant tout en se tortillant les lèvres. La voyant faire, il se mordit les siennes et se pencha sur elle pour lui donner un long baiser, aussi désespéré que rempli d’amour.

Quelques longues minutes passèrent sans que les deux dolls ne sortent du mini-van. A l’extérieur, le cirque demeurait posé là au milieu de nulle-part, innamovible et sans vie alentours, le sol se confondant avec le ciel comme si ce lieu semblait suspendu au coeur de rien.

Enfin, la portière passager s’ouvrit et de longues botines noires en sortirent, posant un premier pas, puis un second, tandis que sa propriétaire réajustait son tee-shirt, le bas de son visage taché de son propre rouge à lèvres.

la portière du conducteur s’ouvrit à son tour et Brian apparut, le chapeau melon de travers et la cravate défaite, ce à quoi il remédia dans l’instant, s’avançant à son tour devant le véhicule pour retrouver sa compagne, ne la perdant pas des yeux tout en avançant dans l’inconnu.

– Good place ou bad place? demanda Amanda.

– Mmm, fit Brian, difficile à dire.

– On va voir?

– On a pas trop d’autre choix, non?

– Non. Tu me donnes la main?

Brian s’exécuta avec un fin sourire et ils avancèrent ensemble jusqu’au chapiteau.

L’entrée était masquée par un grand rideau de velours, de couleur rouge sombre, qui semblait aussi vieux que la structure qui l’entourait. On aurait dit un de ces cirques qu’on ne voit que sur les cartes postales en noir et blanc, témoins d’un siècle disparu, à la fois menaçant et promettant merveilles et phénomènes.

– Bon, on n’a plus qu’à y aller, dit timidement Amanda, visiblement impressionnée, sidérée par ce lieu. Brian aquiesça silencieusement. Les deux musiciens s’approchèrent encore un peu, leurs pas ne faisant aucun bruit sur ce sol immatériel. Brian écarta doucement le rideau, qui malgré son aspect glissa rapidement sur son support. Ne voyant rien de menaçant, à part l’ombre d’une immense piste de cirque, Amanda poussa gentiment Brian, et tous deux entrèrent.

Soudain, les lumières s’allumèrent, et les deux compagnons furent à nouveau éblouis. Quelques secondes passèrent. S’habituant doucement à cet éclairage, les deux compagnons équarquillèrent les yeux devant le spectacle inattendu qui s’offrait à leurs yeux. Se tenant toujours fermement par la main, ils ne purent s’empêcher de dire, dans un ensemble parfait:

– Oh my fucking God…

Devant eux, immobile et les bras croisés, se tenait une jeune fille dont l’âge ne devait pas excéder quinze ou seize ans, habillée tout de noir, sa fine poitrine d’adolescente ornée d’une Ankh en argent qui scintillait.

– Amanda, Brian, dit-elle d’une voix remplie de douceur.

Les deux restèrent sans voix.

– Je vous attendais, poursuivit-elle.

Amanda sourit, mais pas Brian.

la jeune fille le remarqua et s’empressa de lui dire:

– Non, Brian, vous n’êtes pas morts.

– Hé? fit Amanda en regardant son compagnon.

– Ah non?! répondit ce dernier, à peine soulagé. – Promis, conclut la jeune fille.

– Hello?!!! s’exclama Amanda, visiblement perdue.

– Tu ne la reconnais vraiment pas? lui demanda-t-il.

Amanda ne répondit pas immédiatement, puis s’avança en direction de l’adolescente aux longs cheveux noirs, commençant à la détailler de la tête aux pieds, avant de dire:

– On est dans un comic book?

– Bon, tu l’a reconnue alors…

– Oui, je crois bien, il n’y en a qu’une comme elle, mais je croyais qu’elle était le fruit de l’imagination d’un écrivain anglais.

– Neil vous salut d’ailleurs, répondit l’adolescente.

– Il n’est pas… s’inquieta Brian.

– Non plus, il était avec mon frère.

– Dream…

– Oui.

– Et tu es Death, dit Amanda.

– Pour vous servir.

– Tout cela est donc réel… c’est… magnifique, dit Brian.

– Mais que faisons-nous exactement ici? demanda la chanteuse.

– Nous attendons encore une quatrième personne, répondit la Mort, ensuite je vous dirai tout, promis. D’ailleurs, il ne va pas tarder, je l’entend déjà.

les deux compagnons se retournèrent sur leurs pas, mais à l’extérieur du chapiteau, pas âme qui vive, juste une infinie étendue blanche à perte du vue

– Ha! cria Amanda en sursautant contre Brian, tandis qu’un corbeau noir passait au dessus de sa tête pour venir se poser sur l’épaule de la jeune fille.

– Salut les mecs! dit-il comme si de rien n’était.

– Hello Matthew! lui répondit Death en retour, visiblement ravie de son arrivée.

– Matthew… murmura Brian, le corbeau de…

– Mon frère, oui, termina Death.

– Toute votre famile existe… c’est génial! s’exclama Amanda, dont la courte peur avaIt fait place à un enthousiasme débordant, la faisant taper des mains en dansant sur place.

La Mort s’avança alors vers eux en compagnie de Matthew pour leur révéler la raison de leur présence en ce lieux, les prenant chacun par la main en leur disant:

– venez avec moi, je dois vous montrer quelque chose de capital pour la suite, après vous déciderez par vous même de répondre ou pas à ma requête.

le quatuor se dirigea en direction du rideau pourpre qui menait aux coulisses et disparut derrière, tandis qu’à nouveau une lumière aveuglante les envelopaient. Une souffle brulant les accueillit de l’autre côté, tandis que des flammes rongeaient des immeubles détruits et que des étincelles volaient au vent dans la nuit enfumée. Des girophares d’ambulances et de voitures de police , des brigades de pompiers en action et le gémissement de la foule au loin, tout se télescopait dans un maelstrom indescriptible proche de l’enfer sur Terre.

– Merde, merde, merde… fit Amanda, les yeux exorbités par ce tableau infernal, peinant à reconnaitre les lieux, ce qui n’était pas le cas de son compagnon.

– Mon Dieu… nous sommes à Capitol Hill… je reconnais l’endroit où…

– …vous deviez jouer ce soir, termina Death.

– Oui… c’est pas possible… dit-il, tandis que des larmes commençaient à couler de ses yeux.

– Putain!! Qu’est-ce qui s’est passé?!! demanda Amanda, presque hystérique, avant que Brian la prenne dans ses bras pour la serrer contre lui, tandis qu’elle se débattait en commençant à pleurer, regardant Death, le regard mouillé.

– Des conduites sous-terraines ont explosé, un incendie dans le vieux Seattle qui s’est propagé jusqu’à un entrepôt de produits chimiques et boum!

– Boum?! rétorqua Brian, choqué par le terme employé par l’adolescente.

– Oui, boum, lui répondit-elle, sérieuse comme une institutrice, c’est bien le bruit que fait une explosion, non? Ca ne fait pas splash ou bing, ça fait boum!

Les deux musiciens ne surent pas quoi répondre à la Mort. Cette dernière se tourna vers Matthew et lui dit:

– Va les chercher.

– Ok boss, répondit le volatile en déployant ses ailes pour s’envoler.

Ils regardèrent le corbeau disparaître au coin de la rue, passant entre les lances à incendie et la foule regroupée derrière des barrières de sécurité avant de disparaître au loin.

– Où est-il parti? demanda Brian. La Mort s’avança vers le duo pour leur répondre, le regard baissé et la voix sérieuse.

– Que se passe-t-il quand ça fait boum en plein coeur d’une ville?

Pas de réponse.

– Des gens meurent. Et qui doit s’occuper d’eux?

Amanda comprit enfin.

– C’est moi.

– Didi… murmura Brian.

L’adolescente millénaire releva la tête en leur direction, de grosses larmes coulant le long de ses joues livides.

– On m’appelle ainsi quand je me mêle à la foule ou que je me trouve au milieu d’un concert comme ce soir. Plein de gens adorables viennent me parler, m’offrir à boire ou à manger, me proposer mille et une choses ou simplement me parler d’eux, de musique ou de la vie en général. Je me suis déjà retrouvée au milieu d’un champs de bataille, dans un sous-marin en train de couler, dans un avion en feu, mais c’est parce que j’avais été appelée. Ce soir, je suis venue de mon plein gré, sans me douter de ce qui allait se passer. J’ai eu le temps de rencontrer Alice et sa petite soeur Lorie qui voulait devenir chanteuse comme toi quand elle serait grande. J’ai rencontré Dan qui s’occupait d’enfants handicapés sur son temps libre, Alicia qui était enceinte alors qu’elle n’avait que seize ans et que son copain est en prison. Il y avait aussi Ruby, qui s’est fait plaquer cet après-midi par son copain James, qui était d’ailleurs aussi là. Il y avait aussi Kele, ce photographe qui faisait un travail secret sur vous depuis trois mois et qui comptait vous le présenter à la fin de la soirée. Et puis Donna, qui était amoureuse de Brian, Jack, qui était aussi amoureux de Brian, Meg qui a apprit par coeur les paroles de vos deux albums pour les chanter ce soir devant vous. Sala qui rêvait de devenir présentatrice sur MTV pour vous inviter toute les semaines. Et Emily…

Un croassement de corbeau retentit dans la nuit, faisant se retourner le trio. C’était Matthew qui volait veurs eux, accompagné d’une petite foule de gens.

– Je me suis bien occupé d’eux après la catastrophe, mais ils ne se souciaient pas de ce qui leur était arrivé, ils n’avaient que deux mots à la bouche: Amanda! Brian! Où sont-ils? Est-ce qu’ils vont bien? Il leur est arrivé quelque chose? J’ai bien été obligée d’aller vous chercher.

Amanda, en larmes, tout comme Brian, s’effondra dans les bras de son acolyte qui l’empêcha in-extremis de tomber à terre. Et tandis que Matthew venait se poser sur l’épaule de sa maîtresse, les membres de la Brigade, qui avait reconnus les Dolls au loin, se rapprochaient un peu plus, fous de bonheur de savoir leurs héros vivants.

– Ils ont besoin de vous ce soir, plus que moi, confia la Mort aux Dresden Dolls. On m’appelle de tout côté vous savez, mais j’ai décidé de faire une exception pour vous, car j’avais vraiment envie d’assister à un bon concert.

– Mais notre matériel… rétorqua Brian, tout est resté dans le van .

Death détourna les yeux pour regarder derrière Brian et Amanda, leur désignant quelque chose. Se retournant, ils apperçurent une petite scène montée au milieu des décombres, avec des micros, des amplis, une batterie et un clavier. Un type à tête de citrouille et en salopettes s’allumait une cigarette devant et prit la parole pour crier:

– Alors, les deux hippies vont jouer ou quoi?! Je me suis pas plié en quatre pour des prunes quand même?!

– Merci Mervyn, dit Death, tu peux disposer maintenant.

Et l’homme à tête de citrouille s’en alla, emportant sa boite à outils avec lui tout en marmonnant à voix basse.

– S’il pouvait s’étouffer avec sa cigarette… murmura Matthew.

– J’ai entendu! cria Mervyn en disparaissant.

Death sourit avant de se retourner, découvrant un spectacle innatendu devant elle. Rassemblés au milieu de la rue, une trentaine d’adolescents et de jeunes adultes entouraient Brian et Amanda qui les prenaient dans leurs bras avant de les embrasser tendrement. Il y eut beaucoup d’émotions et de larmes par la suite, ainsi qu’un concert à réveiller les morts, concert auquel beaucoup d’esprits et d’habitants d’autres mondes assistèrent.

Puis à la fin de la nuit, la Mort redevint la Mort et alla chercher son dû, sans se presser, mais sans tarder non plus, car elle avait encore du travail. Brian et Amanda retournèrent dans le van, parqué un peu plus loin, et, tandis que la scène éphèmère disparaissait, que les dernières braises de l’incendie terminaient de se consumer, ils se couchèrent enfin, serrés l’un contre l’autre, et s’endormirent, épuisés, en sueurs, tristes et heureux à la fois.

Matthew vint se poser un instant sur le toit du mini-van, puis s’envola dans la nuit, croisant un camion de pompiers qui rentrait à la caserne, l’incendie s’étant arrêté quelques minutes plus tôt.

THE END

fran 2007

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