WATER LILY

 

 

 

1999, un énième groupe valaisan pointe le bout de son nez avec un EP éponyme de cinq morceaux, sauf que cette fois, ça accroche tout de suite. Le titre « Under The Sea » est une cascade d’émotions, portée par une voix d’une classe folle, celle de Lionel Glassier. Le reste est un peu moins spectaculaire mais donne néanmoins quelques précieuses indications sur l’univers du groupe, affectionnant les ambiances pop rock éthérées, comme sur « Created By Music » et une certaine recherche dans le progressif. Seule faute de goût à ces brillants débuts, l’énervé et énervant « Bitches », heureusement sans suite.

Peu de retours pour ce premier effort et le groupe Sédunois reste anonyme jusqu’en 2002, date de la sortie de l’un des plus grands disques de tous les temps, le génial « Aphasie ». A nouveau sous un artwork d’Olivier Jeanneret, le groupe revient avec une collection de titres fabuleux et surtout sans titre! En effet, les plages sont numérotées de 01 à 10 et les paroles manquent cruellement à l’intérieur du digipack. Nos sept valaisans commencent alors une longue série de concerts ici et là, passant un beau soir d’automne par la cave du Bleu Lézard à Lausanne, ne sachant pas encore que leurs chansons vont sérieusement embaumer les coeurs d’une bande d’amis dont je faisais partie. Il est assez rare de voir ses convictions musicales s’effondrer en un instant, surtout dans un concert gratuit, et de se rendre compte que l’on est en train d’assister à quelque chose d’unique, à un concert qui va rester gravé à vie dans notre mémoire. C’est ce qui s’est passé ce soir-là, en écoutant l’inaugural 02, l’implacable 05, l’éprouvant 08, l’incroyable instrumental 06 ou encore ce morceau inspiré de l’Aventure des Plantes, le beau à pleurer 07. Mais c’est quoi ce groupe inconnu avec tous ces tubes sortis de nulle part? On nage en plein rock progressif, mais ça ne sonne pas comme Pink Floyd, ni Radiohead, encore moins Marillion, et ces relents de new wave… ce chanteur qui ressemble à Ian McCulloch de Echo & The Bunnymen… trop beau pour être vrai. Toute la salle tripe à fond, on se fait mal aux mains à applaudir comme des fous, hilares au premier rang, refusant de croire à ce qui se passe devant nos yeux ébahis. J’achète le cd et on remonte au deuxième étage chez une amie pour l’écouter des heures durant, faisant quelques copies au passage pour les moins fortunés d’entre-nous. Et puis le temps passe, on revoit le groupe partout, à Montreux, à Lausanne, à Nyon, en Valais, toujours dans des trucs gratuits ou des festivals, et on entend parfois un morceau sur Couleur 3, mais rien ne se passe vraiment, les gens sont réceptifs et quelques articles viennent souligner l’excellence du groupe, mais c’est tout, il ne se passe rien et Water Lily reste cet outsider de luxe, condamné à refiler des stocks de promos aux journalistes et à son entourage, dont à moi, qui tentera, mais en vain, d’alarmer les médias musicaux de l’Exagone de l’existence du groupe. Leur site internet est alors en construction, il mettra une éternité à s’ouvrir, mais au final, quelle beauté, à l’image de leur musique. Le temps passe, 2004, puis 2005 et toujours pas de nouvel album,annoncé mais sans cesse repoussé. La vie reprend son cours, parfois j’achète « Aphasie » chez un disquaire pour l’offrir à quelqu’un que j’aime, le surplus des promos ayant été dispatché à droite à gauche depuis déjà longtemps.

Enfin, en janvier 2006,on m’annonce la sortie imminente d’un nouvel album, ainsi qu’un concert du groupe le mois suivant aux Docks de Lausanne. On s’y rend avec les amies de l’époque du premier concert et on réussit à les rater en restant au bar! Petite explication, The Bliss jouait le même soir et on croyait que le groupe ouvrait pour Water Lily, alors que c’était le contraire… Résultat, en attendant des sons rock sortir de la salle, personne ne s’est douté qu’il s’agissait de Water Lily. Dégoûtés, nous décidons de boire pour oublier, mais pour ma part, je vais devoir boire le calice jusqu’à la lie, l’un des guitaristes du groupe venant me saluer et me demander mon avis sur la performance que je n’ai pas vue. Je ne sais plus où me mettre et n’ose pas lui avouer la vérité. Un peu après, j’apprend que le groupe file des promos du nouvel album à qui en veut, mais je ne peut décemment pas aller en chercher un après ce rendez-vous manqué. Les autres, ayant leur copie, me harcellent pour me convaincre et je dois presque les insulter pour leur faire comprendre ma philosophie. J’achèterai ce disque quand il sortira, ce sera ma rédemption pour cette soirée ratée. Fin de soirée un peu glauque qui s’achèvera par un retour en taxi sous la pluie. Et le second album arriva un beau jour de mars dans les bacs, intitulé « 13th Floor », co-produit par Teo Miller (Placebo, Robert Plant, etc.) et sous un artwork papier-peints de Gilles Vuissox d’un effet plutôt dissuasif à l’achat, mais bon, depuis le temps que je l’attendais. Un peu de crispation au moment de le mettre dans le lecteur cd, me rappelant soudain les commentaires déçus de mes amies… « Il est rock, c’est plus comme avant, trop nul ce disque… » L’album démarre comme l’intro d’un fameux morceau de Hole avec « Sing Your Life’s Song », des distorsions précédant un morceau calme qui monte tout en puissance, j’aime bien ce clavier, la basse et ces guitares acérées, et cette voix… oui, c’est bien du Water Lily, mais plus méchant, plus sournois, moins gentil. Le morceau déchire sur la fin, gros travail sur la reverb, pour ce que j’y connais. Puis « Face to Face » me prend par surprise, un joli morceau rock qui me fait penser aux Stranglers et à New Model Army sans trop savoir pourquoi. C’est comme « Star’s End, on dirait du Oasis ou alors un de ces classiques pop, la batterie de Laurent Trachler sonnant tellement brit pop, mais dans le bon sens du terme. Quelques morceaux me semblent quand même un peu fades et ennuyeux au milieu de tout ça, mais ils sont rattrapés rapidement, notamment avec des titres comme « Dust In Hands » ou le très jazzy single « Time To Go », qui, même s’il n’apportera pas la gloire au groupe, marquera peut-être son époque par sa justesse et sa douce mélancolie. Arrive enfin le putain de chef d’oeuvre du disque, j’ai nommé « Spiral », qui tient la dragée haute face à n’importe quelle chanson de Radiohead, haut la main, la voix de Lionel atteignant une fois de plus des territoires inconnus, aidé en cela par les guitares de François, Vincent et Xavier. l’album se termine par un inquiétant et arabisant instrumental, laissant la part belle au didgeridoo de Olivier Vuagniaux. Voilà. l’album est terminé. J’appuie à nouveau sur la touche play, nous sommes en avril 2006 et Water Lily sortira peut-être son prochain album pour fêter ses dix ans d’existence. Il ne me reste plus qu’une chose à faire désormais, c’est d’aller les voir en concert à nouveau et ne pas les manquer cette fois, à aucun prix.

 

Epilogue

Vendredi 9 juin, je me réveille à 22h30… Et merde, c’est pas vrai, ils sont au festival de l’Esplanade pour le Sidaction, à moins de 500 mètres de chez moi et je n’y suis pas. Vite, je me lève, je me douche en vitesse et finit de m’habiller dans l’ascenseur. J’y suis avant 23 heures, ce qui me permet d’assister au concert de Melatonin, un autre groupe dont je vous parlerai plus en détails un de ces jours, promis. Les Lausannois terminent sur une reprise bien torchée de « L’Homme Pressé » de Noir Désir et laissent la place aux roadies pour changer la scène. Je vais m’acheter une bière à un stand puis retourne près de la scène, m’asseillant sur les marches de l’esplanade, tandis que les hauts-parleurs diffusent à fond « The Fragile » de Nine Inch Nails… Rien que pour ça, ma venue s’imposait. La scène met un temp fou à se préparer, comme les musiciens, appercevant François, Samuel, puis Xavier et Vincent. Mais le concert ne commence toujours pas. J’aurai eu le temps de me prendre deux bière, mais bon, je préfère m’avancer pour ne rien rater du début. Et enfin, ça commence. D’entrée le groupe (sept membres quand même) en impose par sa configuration, et c’est rien de le dire dès qu’arrive le chanteur, véritable dandy semblant tout droit sortit de l’époque victorienne. Ce soir, nous aurons droit à la quasi totalité du dernier album, et une évidence se fait après quelques titres seulement, Water Lily est un groupe fait pour le live et qui se bride involontairement en studio, car les version de « Sing Your life’s Song » et surtout « Spiral » semblent démultipliées sur scène, atteignant des hauteurs insensées de beauté. Même chose pour « Star’s End », « Face To Face » et « Time To Go » qui deviennent soudainement des classiques instantanés semblant tout droit sortis d’un greatest hits imaginaire. Deux titres d’Aphasie viennent rappeler le bon temps et le groupe nous quitte sur une dernière salve, dont l’instrumental « Lizard », laissant le public transi de bonheur, ainsi que ses fans (une bande d’alcolos qui aurait plus sa place dans des tribunes de foot), hébétés mais heureux (le concert de Water lily ayant été un bon prétexte pour venir faire la fête au festivale de l’Esplanade). Quand à moi, il ne me reste plus qu’à rentrer chez moi, un sourire béat au coin des lèvres. Quand je pense que ce concert était gratuit… ça me parait presque anormal. Sale pays que la Suisse où les véritables artistes ne peuvent pas vivre de leur musique et où seuls les chanteurs de charme passent à la télévision. En route, je m’arrête à la Brasserie du Château pour commander une pizza (le ventre vide, moi) et siroter une ginger beer en compagnie du serveur à qui je parle du groupe (il note le nom sur un carnet), puis retour à la maison pour propager la bonne parole sur le forum européen des Dresden Dolls, the Shadowbox, faisant découvrir le groupe à une poignée d’amis virtuels. La vie est belle, je suis au 13ème ciel. Je repense alors à cette idée d’aller taguer des murs en ville du logo du groupe.

 

www.waterlily.ch

 

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2 réflexions sur “WATER LILY

  1. Hello,
    C’était intéressant de lire ta bio personnelle!
    Si tu cherches des photos sur le net, il y en a de celles du vernissage aux Docks sur http://www.trock.ch/  sous Gallery / photo reports. Il y en a d’autres mais en plus petit format si tu cherches Water Lily sous Contacts / Artists.

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