THE DRESDEN DOLLS, THOMAS TRUAX AND THE DEAD BROTHERS, LIVE A FRI-SON, FRIBOURG

En cette fin de matinée du samedi 27 mai, je commence à m’inquiéter pour mes deux brigadières. Me connectant sur The Shadowbox, le forum officiel du groupe, je trouve un message privé à mon intention avec un numéro de portable. Pas le temps de le composer que mon téléphone sonne. Rendez-vous à la gare pour rencontrer ces deux charmantes jeunes filles, Dichotomy et Defeatedbutbreathing. Le temps de remonter chez moi pour poser leurs affaires et nous redescendons pour prendre le train, direction Fribourg.
Nous arrivons juste pendant le soundcheck, auquel je peut assister par la porte ouverte donnant derrière la scène, découvrant Amanda et Brian sans même penser à les déranger, ce qui serait fort impoli de ma part. Laissant mes deux brigadières récupérer leurs affaires dans le tour bus pour la soirée, je finis pas prendre momentanément congé pour aller retrouver mon amie Léonie, qui, un peu plus tôt, interviewait Brian pour un magazine local gratuit.
Je lui demande si elle a pensé à lui poser ma question sur le sort de sa Volvo (agonisante dans le documentaire du dvd In Paradise). Elle me répond qu’il était mort de rire à son évocation, avant d’admettre qu’elle roulait toujours mais qu’elle n’en avait plus pour très longtemps. Ce à quoi Léonie à rétorqué qu’il n’y avait qu’à mettre en scène son enterrement dans un prochain clip, idée farfelue qui n’a pas déplu à Brian.
Arrivés devant le Fri-Son, nous nous joignons à une foule de goths des grands jours, ainsi qu’à quelques autres un peu plus typés rock alternatif (tout le monde semblant s’être donné le mot pour porter des Converses). Léonie rentre grâce à la guest-list, moi avec mon ticket. Une fois à l’intérieur, je retrouve mes deux brigadières, l’une dans le rôle d’une statue de bronze, ondulant un boa en fleurs au passage des gens, s’inclinant sur eux ou imitant des figures semblant sorties d’un vieux livre d’images pieuses; l’autre, vêtue d’une simple culote blanche, offrant son corps à ceux et celles qui voudront bien le peindre à l’aide de gouache au doigt. Je m’exécute en lui peignant une étoile verte sur la hanche, puis nous allons lui chercher un verre de vin blanc avant de nous diriger en direction des platines, tenues par SpiderB de Sanctuary.ch, que je salue pour la première fois après toutes ces années à le croiser ici et là.
Mais il est temps de nous rendre à la première partie, en deux actes, dont Thomas Truax assure l’ouverture. Seul sur scène, ce jeune artiste de New York (déjà deux albums au compteur) nous présente son concept, un rock minimaliste et bricolé autour d’instruments insolites de sa création. Dôté d’une voix grave qui fait penser à Nick Cave, il nous assène un set, court mais original qui ne laissera personne indifférent, sautant dans la foule pour parcourir la salle en long et en large, jouant pour quelques personnes à l’écart, puis actionnant un étrange bidule chromé (nommé Sister Spinster)  faisant office de boite à rythme et ressemblant à une machine à mouvement perpétuel, ce genre. Tout comme son Hornicator, sorte de haut parleur de gramophone sur lequel il enregistre sa voix en boucles, créant des échos qui laissent l’audience hallucinée par autant de trouvailles sublimes en 20 minutes de show. Ovation monstre pour ce génie. On le croise plus tard pour lui dire tout le bien que l’on pense de lui, de sa chanson « Inside the Internet », puis on lui parle d’Emilie Simon, avant de le quitter, ravis. 
Acte deux, The Dead Brothers arrivent sur scène. Connus comme le meilleur groupe pour des funérailles, ce quatuor Suisse ressemble à un croisement improbable entre le No Smoking Orchestra de Emir Kusturica et les Négresse Vertes, le tout dans une ambiance de veillée funèbre comme précisé plus haut. Commençant un peu soft, le concert prend vite une certaine ampleur, Dead Alain, le chanteur, embarquant le public dans sa poche de sa voix amicale et de quelques bons mots qui font mouche. Le final est grandiose, Thomas Truax revenant sur scène pour y trépasser aussitôt, cérémonie du salut au chapeau, rappel impromptu, bref, que du bonheur. La foule exulte.
Quittant le bord de la scène pour aller dire au revoir à mes deux petites brigadières, je les rate hélas, car elles devaient prendre le train pour revenir sur Lausanne où je les hébergent pour la nuit. Je transmet mes salutations à une demoiselle du stand merchandising qui les verra le lendemain pour le concert de Zurich et retourne avec des bières pour retrouver Léonie et enfin assister à mon premier concert des Dresden Dolls!
Après une intro d’apocalypse, nos deux poupées débarquent main dans la main sous un torrent de cris et d’applaudissements. Jeté de roses dans la foule pour bien signifier le début des hostilités. Le concert commence par un morceau inédit, variation sur l’intro du « War Pigs » de Black Sabbath qui devient une authentique nouveauté après deux minutes de mise en jambes. Brian impressionne d’entrée par son jeu surpuissant, tandis qu’Amanda, plus spontanée et borderline, ne s’embarasse pas de jouer des fausses notes et de chanter un peu faux, donnant à son interprétation un parfum de bâteau ivre, mais un bâteau avec un moteur de hors-bord! Les titres s’enchaînent avec bonheur, anciens comme nouveaux, « Backstabber », « Missed Me », « Perfect Fit », « Shores Of California », « Coin-Operated Boy » et une version speedée et psychopathe du classique « Girl Anachronism ». Au rayon des coups de couteau en plein coeur, la palme revient à une revisitation proprement hallucinante et grandiose de Jacques Brel au travers de « Amsterdam », chanté par une Amanda habitée et rageuse, bière à la main. Peu après, et malgré l’absence de Miss Emilie (présente sur les dates françaises), « Half Jack » demeure ce putain de cri de désespoir qui nous fait dire que les Dresden Dolls est juste un groupe sans pareil, véhiculant des émotions et des sentiments sommeillant en nous que si peu d’autres artistes arrivent à faire ressurgir le temps d’un concert ou d’un album. Nos deux poupées chantent, jouent, crient, hurlent, nous faisant pleurer de bonheur durant ces quelques moments merveilleux en leur compagnie. Et putain c’est le pied, quel concert de folie! Arrive le temps des rappels. Amanda revient seule au piano, nous achevant définitivement avec sa reprise du « Hallelujah » de Leonoard Cohen, puis avec le plus intimiste « Me & The Minibar ». Brian revient, mon amie doit s’en aller à regrets, mais elle revient vite dès les premières notes de « Good Day », sa chanson préférée qui cloture la soirée. Amanda et Brian récoltent des applaudissements dantesques et, ravis, saluent une dernière fois la foule avant de quitter la scène, Amanda se faisant porter sur le dos de son bateur chéri. Quelle folie que ce fut.
Il est une heure du matin, les lumières se rallument sur la musique des Simple Minds. A bout de force, je renonce à la soirée animée par SpiderB et décide de quitter la salle pour traverser la ville à pieds et retrouver la femme que j’aime. Il me faudra plus d’une heure pour arriver chez elle, mais ça, ladies & gentlemen, c’est une autre histoire.
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